Erreurs classiques d’interprétation de Démocrite

 

 

 

 

La confusion entre la notion de hasard et de nécessité

 

Démocrite est le philosophe selon qui le monde est livré au hasard et à la nécessité. Le hasard chez Démocrite n’a rien à voir avec une incertitude fondamentale (comme en mécanique quantique), mais seulement au fait que les atomes se heurtent dans le vide, et produisent au gré de leur rencontre toutes les choses réelles. Ce hasard n’est donc que l’autre nom de la nécessité, car il opère selon un déterminisme mécaniste précis.

 

 

Erreur : Nier l’existence d’une morale chez Démocrite – la question de l’héritage pythagoricien

 

Un certain nombre d’auteurs nient l’existence d’une morale chez Démocrite et doutent de l’authenticité des fragments de morale dont nous disposons. Pourtant les témoignages indépendants et concordants de Diogène Laërce, Cicéron, Sénèque, Jean Stobée, Clément d’Alexandrie…. témoignent tous d’une éthique démocritéenne, qui apparaît proche de celle qu’enseignera d’Epicure. Au-delà du doute légitime d’authenticité face à tout texte millénaire, le seul argument contre l’existence d’une morale chez Démocrite réside en fait dans le préjugé chrétien, que les matérialistes n’ont pas de morale ! Enfin, lorsque qu’un érudit comme Jean Salem se veut très prudent sur l’existence d’une morale chez Démocrite, il doit se contredire dans son analyse des témoignages pour défendre cette position : face à plusieurs témoignages nous disant que Démocrite fut élève des Pythagoriciens, Jean Salem nuance ce point en privilégiant l’idée que Démocrite ne doit aux Pythagoriciens que les aspects de sa morale, mais pas sa physique, ce qui ne l’empêche pas ensuite de nous inviter à douter de l’existence d’une morale démocritéenne sous prétexte qu’Aristote n’en a pas parlé ! (Démocrite, grains de poussière dans un rayon de soleil - pages 48, 301).

Si Démocrite n’est évidemment pas pythagoricien, sa physique s’inspire probablement d’idées pythagoriciennes comme celles de Philolaos de Crotone, donné comme un de ses maîtres, et qui inspira aussi le Timée de Platon. Aristote lui aussi voyait cette parenté. Jean Salem, qui a écrit de très beaux ouvrages sur Démocrite que je recommande malgré quelques désaccords majeurs, me semble avoir raison lorsqu’il envisage que la morale démocritéenne pourrait être dérivée d’idées pythagoriciennes. Démocrite avait consacré un de ses livres de morale à Pythagore : "Pythagore, ou de l'état de la sagesse » et il reprend vraisemblablement l'idée de respect de soi à Pythagore, qu'il admirait. Comparez :

 

Pythagore : "Ne pratique de chose honteuse jamais ni avec un autre, ni en particulier; mais plus que tout respecte-toi toi-même" (paroles d'or de Pythagore n°11-12)

 

Démocrite : "Ne t'autorise pas du fait que personne ne connaîtra ta conduite à plus mal agir que si ton action était connue de tous. C'est devant soi-même que l'on doit manifester le plus de respect, et il faut instituer ce principe dans ton cœur : n'y laisse rien pénétrer de malhonnête" (DK B-CCLXIV)

 

 

 

Erreur : faire de Démocrite un sceptique ou un relativiste

 

Démocrite considère que les atomes et le vide sont des absolus, tandis que les sensibles sont relatifs à l’observateur. Par exemple, dire que quelque chose est chaud ou froid n’est qu’une simple convention, car la chaleur n’est pas perçue de la même façon selon que l’on soit un homme ou un ours polaire. A partir de cette analyse, certains veulent voir un relativisme chez Démocrite, mais celui-ci ne trouve de place ni dans sa métaphysique matérialiste, ni ne transparaît dans sa morale. De plus, deux témoignages indépendants, l’un de Plutarque, l’autre de Sextus Empiricus, nous apprennent que Démocrite a dénoncé le relativisme de son élève Protagoras, qui affirmait que tout et son contraire est vrai (l’amour de la Raison universelle, note 38).

 

 

Erreur : Faire de Démocrite un réductionniste grossier

 

Pour Démocrite, tout ce qui existe est composé d’atomes. Si comme tout matérialiste, Démocrite est effectivement un réductionniste, il ne pratique pas un réductionnisme primaire (c’est là, la thèse principale de Pierre-Marie Morel), mais il cherche à comprendre les causes supérieures des choses, d’où les titres de ces ouvrages perdus : « Causes célestes », « Causes de l’air », « Causes de la terre », « Causes du feu et de son contenu », « Causes des sons », « Causes des germes »….

 

 

   

 

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