Tous les livres de Démocrite ont disparu. Nous possédons seulement
les commentaires que les autres philosophes de l’antiquité ont porté sur
lui, et deux recueils de maximes qui se recoupent partiellement. Certains
érudits, comme Jean Salem,
sont très prudents sur l’authenticité des recueils de maximes attribués à
Démocrite et doutent de leur intérêt. A l’opposé, d’autres
spécialistes pensent qu’ils sont importants et authentiques. Pour Charles
Khan, « pas tous, mais la plupart de ceux qui ont étudié ces fragments
de façon approfondie ont le sentiment qu’ils sont authentiques » (“Democritus
and the Origins of Moral Psychology” Charles H. Khan. The American
Journal of Philology, vol 106, n°1, 1985).
Je fais voir ici que l’on peut mettre en
parallèle l’essentiel des maximes attribuées à Démocrite soit avec des
textes d’Epicure et Lucrèce (en bleu), soit
avec d’autres témoignages sur Démocrite (en marron), ce
qui a pour conséquence de suggérer :
-
que les maximes de Démocrite
sont (au moins en grande partie) authentiques.
- que Démocrite a été la source de la morale
d’Epicure, et pas seulement de sa physique. Ce point de vue a été
récemment défendu par James Warren : Epicurus and Democritean Ethics: An Archaeology of Ataraxia.
Jean Salem nous dit que ce fut là « la thèse explicite de Ueberweg, Döring, et C. Bailey ».
Voyez à ce sujet, les liens entre
Epicure et Démocrite
La béatitude naît de la
connaissance rationnelle de la nature
Démocrite : « [Démocrite] faisait résider le bonheur dans la
connaissance des choses » DK B-CLXIX (hors recueil de maximes)
Epicure : « Je recommande l’étude constante de la Nature, grâce à
laquelle je jouis dans ma vie d’une sérénité parfaite » (lettre à
Hérodote) « Dans les autres occupations, la jouissance vient une fois
qu’elles ont été menées à bien, mais, en philosophie, le plaisir va du
même pas que la connaissance : car ce n’est pas après avoir appris
que l’on éprouvons la joie, mais pendant la recherche même. »
MV 27 (voir aussi Us 219).
Le bien immortel
Démocrite : « Le mieux pour l’homme est de passer sa vie de la façon la
plus heureuse possible. Il faut pour y parvenir ne pas faire résider les
plaisirs dans les choses mortelles » DK B-CLXXXIX
Epicure : « II n’a plus rien de commun avec
les mortels, l’homme qui vit au milieu de biens immortels. » lettre
à Ménécée « L'homme est un
malade qui ne sait pas la cause de son mal. S'il la pouvait trouver, il
s'appliquerait avant tout, laissant là tout le reste, à étudier la nature ; car
c'est d'éternité qu'il est question, non pas d'une seule heure ; il s'agit de
connaître ce qui attend les mortels dans cette durée sans fin qui s'étend au
delà de la mort. » Lucrèce
Vocabulaire religieux utilisé
sous forme poétique
Démocrite : « Les animaux que tu vois ici ouverts, je les ouvre non pas
que je haïsse les œuvres de la divinité mais parce que je cherche la
nature et le siège de la bile » pseudo-hippocrate, lettre n°17 (hors
recueil de maximes)
Lucrèce : « si l'on veut
appeler la mer Neptune, et les moissons Cérès, si l'on se plaît à employer
abusivement le nom de Bacchus au lieu du terme propre qui désigne le vin, on
est maître aussi de donner à la terre le titre de Mère des dieux, pourvu qu'en
réalité on préserve son esprit de la souillure honteuse de la
superstition » II, 655.
Les septiques ne peuvent
pas prouver qu’ils ont raison d’être septiques
« Démocrite a fait tenir aux sens les propos suivants
qui s’adressent à l’entendement « Misérable raison c’est
de nous que tu tires les éléments de ta croyance, et tu prétend nous
réfuter ! Tu te terrasses toi-même en prétendant nous réfuter »
(galien, de la médecnie empirique, fgm H schône, 1259,8 ; p 530)
(hors recueil de maximes)
Epicure : «
si tu combats toutes les sensations tu n’auras plus ce à quoi tu te
réfères pour juger celles d’entre elles que tu prétends erronées »
MC XXIII (voir aussi la XXIV)
Note : même si Démocrite doute
des sensations et conclut que seul la Raison pure mène à la vérité alors
qu’Epicure affirme que la sensation est toujours vraie, mais que
c’est l’esprit qui l’interprète mal, ils sont tous les deux
d’accord pour refuser un scepticisme à la Pyrrhon.
Progrès et histoire de
l’humanité
Démocrite :
« les hommes primitifs menaient une vie désordonnée et savage, dispersés
dans la campagne et se nourissant des
herbes les plus tendres et des fuits sauvages qui naissent spontanément sur les
arbres ; et comme ils avaient à subir les assauts des bêtes sauvages, ils
se vinrent mutuellement en aide et à l’école de la nécessité, sous
l’effet de la crainte qui les réunissait, ils en vinrent peu à peu à
reconnaître leurs différents caractères […] La connaissance du feu
et des autres inventions utiles entraina petit à petit l’invention des
arts et de toutes les techniques suspetibles d’être utiles à la vie en
communauté» DK B-V
Lucrèce : « d'où vient
qu'au delà de la guerre des Sept Chefs contre Thèbes et de la mort de Troie on
ne connaisse point d'autres événements chantés par d'autres poètes ? Où se sont
donc engloutis tant de fois les exploits de tant de héros, et pourquoi les
monuments éternels de la renommée n'ont-ils pas recueilli et fait fleurir leur
gloire ? Mais, je le pense, l'ensemble du monde est dans sa fraîche nouveauté,
il ne fait guère que de naître. C'est pourquoi certains arts se polissent
encore aujourd'hui, vont encore progressant que n'a-t-on pas, de nos jours,
ajouté à la navigation ! Que de nouveaux accords ont inventés les musiciens !
Enfin ce système de la nature que j'expose, c'est aussi une découverte récente,
et personne avant moi ne s'était rencontré pour le faire passer dans la langue
de notre patrie » « on ne peut faire remonter guère plus haut
l'invention de l'écriture. C'est pourquoi les anciens temps échappent
aujourd'hui à nos regards, et la raison ne nous en fait entrevoir que quelques
vestiges » « Navigation, culture des champs, architecture, lois,
armes, routes, vêtements et toutes les autres inventions de ce genre, et celles
mêmes qui donnent à la vie du prix et des plaisirs délicats, poèmes, peintures,
statues parfaites, tout cela a été le fruit du besoin, de l'effort et de
l'expérience ; l'esprit l'a peu à peu enseigné aux hommes dans une lente marche
du progrès. C'est ainsi que le temps donne naissance pas à pas aux différentes
découvertes qu'ensuite l'industrie humaine porte en pleine lumière. Les hommes
voyaient en effet les arts éclairés d'âge en âge par des génies nouveaux, puis
atteindre un jour leur plus haute perfection. »
La nature est neutre
Démocrite : « Les mêmes choses qui nous procurent des biens peuvent
également nous causer des maux, tout en nous offrant le moyen de les éviter.
Par exemple, l'eau profonde nous est fort utile, mais elle peut aussi nous être
nuisible, car nous risquons de nous y asphyxier. Pour parer à ce danger on a
trouvé un moyen : apprendre à nager » B-CLXXII (voir aussi B-CCLIX)
Lucrèce : « Et quand bien
même j'ignorerais la nature des atomes, j'oserais encore, après l'examen
des phénomènes célestes et bien d'autres d'ailleurs, affirmer que la nature n'a
pas été faite pour nous et qu'elle n'est pas l'œuvre des dieux : tant
l'ouvrage laisse à désirer ! »
L’inexistence des enfers
Démocrite : “Bien qu’ils ignorent la décomposition de notre nature
mortelle, certains hommes, conscients des mauvaises actions dont leur vie est
remplie, passent misérablement en troubles et en frayeur le temps qui leur
reste à vivre, inventant des fables mensongères sur le temps qui fait suite à
la mort ” DK B-CCXCVII
Epicure : « La mort n’a aucun rapport avec nous ; car ce qui est dissous est insensible, et ce
qui est insensible n’a aucun rapport avec nous » MC II.
« Cerbère et les Furies et l'Enfer privé de lumière, le Tartare dont les
gouffres vomissent des flammes terrifiantes, tout cela n'existe nulle part et
ne peut exister. » Lucrèce livre III « pareils aux enfants qui
tremblent et s'effraient de tout dans les ténèbres aveugles, c'est en pleine
lumière que nous-mêmes, parfois, nous craignons des périls aussi peu
redoutables que ceux dont s'épouvantent les enfants dans les ténèbres et qu'ils
imaginent tout près d'eux. Ces terreurs, ces ténèbres de l'esprit, il faut donc
pour les dissiper, non les rayons du soleil ni les traits lumineux du jour,
mais l'étude rationnelle de la nature »
Lucrèce III
La nature des Dieux
« [Démocrite] pense que
l’univers renferme des images dotées d’un caractère divin » DK
A-LXXIV (hors recueil de maximes)
« Épicure : [certains dieux]
n’ont qu’une existence abstraite » DL
Ne demande pas aux dieux de t’aider
Démocrite : “Les hommes, dans leurs prières, demandent aux Dieux la
santé ; ils ignorent qu'ils ont en eux-mêmes la possibilité de se la
procurer » B-CCXXXIV
Epicure : « Il est sot de demander aux dieux ce que l’on peut se
procurer par soi-même. » MV 65
Les insensés se jettent à la mort
Démocrite : « Les insensés qui prétendent détester la vie n’en
veulent pas moins vivre par la crainte de l’Hadès. » B-CXCIX «
En fuyant la mort les hommes se lancent à sa poursuite » B-CCIII
Lucrèce : « Souvent même la peur de la mort inspire aux humains un tel
dégoût de la vie et de la lumière qu'ils vont dans leur désespoir jusqu'à
s'assurer de leurs mains le trépas, sans se souvenir que la source de leur
souffrance était cette peur elle-même » Lucrèce III (voir aussi Us 496,
lucil 24)
Les insensés passent à
côté des plaisirs de la vie
Démocrite : « Les insensés désirent vivre une longue vie sans savoir se
réjouir de cette longue vie. » DK B-CCI « Les insensés vivent sans
jouir de ce qu’offre la vie » DK B-CC « De toute leur vie, les
insensés ne connaissent nul plaisir » DK B-CCIV
Lucrèce : «Pourquoi la mort te fait-elle gémir et pleurer ? Si la vie
jusqu'à ce jour t'a été douce, si tous tes plaisirs n'ont pas été s'entassant
dans un vase sans fond et si donc ils ne se sont pas écoulés et perdus, que ne
te retires-tu de la vie en convive rassasié ? Es-tu sot de ne pas prendre de
bonne grâce un repos qui ne sera plus troublé ! Mais si toutes tes jouissances
se sont consumées en pure perte et si la vie n'est plus pour toi que blessure,
quelle idée de vouloir la prolonger d'un moment, lequel à son tour finirait
tristement et tomberait tout entier inutile. Ne vaut-il pas mieux mettre un
terme à ta vie et à ta souffrance ? ».
Les insensés sont des
vivants déjà morts
Démocrite : « La vie vicieuse sans raison, sans tempérance, et sans
piété, Démocrite disait d’elle non qu’elle est une vie vicieuse,
mais une mort qui dure longtemps » DK B-CLX (hors recueil de maximes)
Lucrèce : « Tu as beau vivre et jouir de la vue, ta vie n'est qu'une
mort, toi qui en gaspilles la plus grande part dans le sommeil et dors tout
éveillé, toi que hantent les songes, toi qui subis le tourment de mille maux
sans parvenir jamais à en démêler la cause, et qui flottes et titubes, dans
l'ivresse des erreurs qui t'égarent. »
Le prolongement de la vie
Démocrite : « Les sots souhaitent vivre, car ils ne craignent que la
mort, au lieu de craindre la vieillesse.” DK B-CCV « les insensés parce
qu’ils craignent la mort veulent vivre vieux » DK BCCVI « la
vieillesse est un délabrement général : elle possède tout mais manque de
tout » DK B-CCXCVI
Lucrèce : « pourquoi donc vouloir plus longue vie ? Qu’en
serait-il retranché du temps qui appartient à la mort ? Nous ne pourrions rien
en distraire qui diminuât la durée de notre néant. Ainsi tu aurais beau vivre
assez pour enterrer autant de générations qu'il te plairait : la mort toujours
t'attendra, la mort éternelle, et le néant sera égal pour celui qui a fini de
vivre aujourd'hui ou pour celui qui est mort il y a des mois et des
années. »
Le suicide
Démocrite : « Démocrite, lorsque le poids de l'âge l'avertit que les
ressorts de la mémoire faiblissaient en lui, alla de lui-même offrir sa tète à
la mort » (Lucrèce, III, ; confirmé par DL)
Epicure : « Cherche bien
lequel est plus commode, que la mort vienne à nous, ou nous à elle. »
lucil 26
Eloge du vieillard
Démocrite : « Le vieillard a été jeune mais le jeune homme on ne sait pas
si il atteindra la vieillisse. Donc le bien accompli l’emporte sur le
bien encore à venir qui nous est inconnu » DK B-CCXCV
Epicure : « Ce
n’est pas le jeune qui est bienheureux, mais le vieux qui a bien vécu : car le jeune, plein de
vigueur, erre, l’esprit égaré par le sort ; tandis que le vieux,
dans la vieillesse comme dans un port, a ancré des biens qu’il avait
auparavant espérés dans l’incertitude, les ayant mis à l’abri par
le moyen sûr de la gratitude. » MV 17 . (Voir
aussi l’éloge de la vieillisse par Diogène d’Oenenda).
La philosophie comme
médecine de l’âme
Démocrite : « la médecine guérit les maladies du corps, et la philosophie
débarrasse l’âme des passions » DK B-XXXI (hors recueil de maximes)
Epicure : « la médecine ne serrait d’aucune utilité si elle ne
guérissait pas les maladies du corps, de même pour la philosophie si elle ne
guérissait pas les maux de l’âme » Us 221 « Il ne faut pas faire semblant de
philosopher, mais philosopher pour de bon ; car nous n’avons pas
besoin de paraître en bonne santé, mais de l’être vraiment » MV
54
L’heureuse
disposition de l’âme
Démocrite : « L’heureuse disposition de l’âme naît de la
modération du plaisir et de la mesure de la vie » DK B-CXCI
« Démocrite apelle le bonheur tranquilité, bien-être et harmonie, ainsi
que congruence et ataraxie ». DK A-CLXVII
Selon Diogène Laerce, pour Démocrite « Le souverain bien est le bonheur ou « euthymie
», très différent du plaisir, contrairement à ce qu’ont cru ceux qui
l’ont mal compris, attitude dans laquelle l’âme est en repos et
calme, et ne se laisse troubler par aucune crainte, superstition, ou affection.
Il l’appelle de divers noms, entre autres de celui de « bonne
humeur » » (ressemble fortement à
l’ataraxie d’Epicure : « L’ataraxie,
l’absence de douleur sont des plaisirs en repos » DL).
Pour Cicéron, « le souverain
bien, il [Démocrite] l‘appelle tranquillité et souvent fermeté
d’âme, c'est-à-dire un état d’esprit affranchi de la crainte »
DK B-CLXIX
La modération accroît le plaisir
Démocrite : « la modération
accroît le plaisir, et rend la volupté encore plus grande » DK B-CCXI
« les plaisirs les plus rares sont les plus délicieux » DK B-CCXXXII
Epicure : « L’habitude
d’une vie simple […] permet encore de mieux goûter une vie
opulente, à l’occasion » lettre à Ménécée
Hédonisme
Démocrite : « Une vie sans fêtes est comme une longue route sans
auberge » B-CCXXX
Epicure : « toi qui ne serras plus demain, tu diffère la joie, mais la
vie périe par le délai, et chacun d’entre nous meurt à se priver de
loisirs » MV 14
Contre les
débauchés : la rectitude de la pensée
Prend conscience du bonheur présent
Démocrite : « Il suffit de contempler la vie des malheureux et de
considérer l’étendue de ce qu’ils endurent pour que ce que tu as et
ce dont tu disposes t’apparaissent relevé et enviable et pour que tu
n’ais plus à souffrir en ton âme à force de désirer toujours plus »
DK B-CXCI
Note : Démocrite
précise qu’« il convient puisque nous sommes hommes de ne pas rire
des malheurs des hommes mais de les déplorer » maxime 74 « ceux qui
trouvent plaisir aux malheurs de leurs voisins ne se rendent pas compte que les
coups du sort son communs à tous et ne connaissent pas la chance qu’ils
ont » DK B-CCXCIII.
Lucrèce : « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents,
d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir
à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. »
II,1.
Prend conscience de ce
que tu possèdes
Démocrite : « Les insensés désirent ce qu’il n’ont
pas mais négligent ce qu’ils ont sous la main et qui est plus
profitable que ce qu’ils ont laissé partir» DK B-CCII « Sage est
celui qui ne s'afflige pas de ce qui lui manque et se satisfait de ce qu'il
possède» DK B-CCXXXI
Epicure : « celui qui n’est pas tout à fait satisfait de ce
qu’il possède serra malheureux fut il le maître du monde » Us 474,
Lucil 9
Suffisance à soi
Démocrite : « Celui qui suffit à ses besoins en nourriture ne trouve
jamais la nuit courte » DK B-CCIX
Epicure : « Voix de la chair : ne pas avoir faim, ne pas avoir
soif, ne pas avoir froid, celui qui dispose de cela et à l’espoir
d’en disposer à l’avenir, peut lutter pour le bonheur » MV 33
(voir aussi Us 68) « Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un
grand bien […] Il ne s’ensuit pas qu’il faille toujours se contenter de
peu. Simplement, quand l’abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir
nous contenter de peu » lettre à Ménécée
La nature se suffit à elle-même
Démocrite :
« la fortune est prodigue de dons mais inconstante. Au contraire, la
nature se suffit à elle–même » DK B-CLXXVI « tout ce dont
l’enveloppe charnelle a besoin est à portée de la main de tous, sans
peine ni souffrance : mais ce qui exige peine et souffrance et rend la vie
douloureuse est l’objet de convoitise, non de la chair, mais d’une
conscience sans but » B-CCXXIII
Epicure : « grâce soit rendue à la bienheureuse nature qui a fait que
les choses nécessaires sont faciles à se procurer tandis que les choses
difficiles à obtenir ne sont pas nécessaires » Us 469 « La richesse
de la nature est à la fois bornée et facile à atteindre ; mais celle des
opinions vides se perd dans l’illimité » MC XV. « Parmi les
désirs les uns sont naturels et non nécessaires, les autres ne sont ni naturels
ni nécessaires, mais proviennent d’une opinion vide » MC XXIX
Epicure classe les désirs
en 3 catégories :
1 - désirs nécessaire (et
naturels) : faim, soif, froid… (D’où l’agriculture, le
tissage…)
2 - désirs naturels (non
nécessaires) : mets délicats, amitié, amour, étude de la nature…
3
- désirs non naturels : couronnes, statues, honneurs, célébrité…
Il faut savoir désirer
avec mesure
Démocrite : « Le désir sans mesure est le propre de l’enfant non de
l’homme » maxime n°35
« Il faut prend conscience que la vie humaine est fragile, éphémère
et mêlée de nombreux soucis et ennuis, afin de borner ses désirs à une
possession mesurée et pour que ce soient les choses nécessaires qui sont la
mesure de nos tourments » DK B-CCLXXXV (voir aussi pseudo-hippocrate,
lettre n°17)
Lucrèce : « Un jour, les vêtements faits de peaux de bêtes un jour
n'eurent plus de valeur : et pourtant leur découverte avait excité tant d'envie
qu'un guet-apens mortel avait attiré, j'en suis sûr le premier qui les porta ;
et cette dépouille disputée entre les meurtriers, toute sanglante, fut déchirée,
et aucun d'eux ne put en jouir. Alors, c'étaient donc les peaux de bêtes,
aujourd'hui c'est l'or et la pourpre qui préoccupent les hommes et les fait se
battre entre eux : ah ! C’est bien sur nous, je le pense, que retombe la
faute. Car le froid torturait ces hommes nus, ces enfants de la terre, quand
les peaux leur manquaient : mais pour nous, quelle souffrance est-ce donc de
n'avoir pas un vêtement de pourpre et d'or rehaussé de riches broderies ? Une
étoffe plébéienne ne suffit-elle pas à nous protéger ? Ainsi donc le genre
humain se donne de la peine sans profit et toujours consume ses jours en vains
soucis. Faut-il s'en étonner ? Il ne connaît pas la borne légitime du désir, il
ne sait les limites où s'arrête le véritable plaisir. Voilà ce qui peu à peu a
jeté la vie humaine en pleine mer orageuse et déchaîné les pires orages de la
guerre » Lucrèce, V, 1410
Relativité de la pauvreté et de la richesse
Démocrite : « Pauvreté et richesse sont des noms par lesquels on désigne
le besoin et la satiété. Donc celui qui ressent le besoin n’est pas riche
et celui qui ne connaît pas le besoin n’est pas pauvre» DK B-CCLXXXIII
« si ton désir est mince le peu te semblera beaucoup. Car la minceur de
l’appétit rend la pauvreté égale à la richesse » DK B-CCLXXXIV
« Quelqu’un
ayant demandé à Epicure
comment
il fallait s’y prendre pour devenir riche celui-ci répondit « ce
n’est pas en augmentant les biens, mais en diminuant les
besoins » » Us 135. « La pauvreté mesurée selon la fin de la nature
est un grande richesse ; une richesse qui ne connaît pas de limite est une
grande pauvreté » MV 25
Dignité dans la pauvreté
Démocrite : « supporter avec dignité la pauvreté est signe d’empire
sur soi-même » B-CCXCI
Epicure : « La belle chose, que le contentement dans la pauvreté ! » lucil
2, Us 475
La fortune et la Raison
Démocrite : « Les hommes se sont forgés de la fortune une image qui
justifiât leur propre manque de sagacité. Car la fortune s’oppose à la
réflexion et, à ce qu’ils ont prétendu, elle est la pire ennemie de la
raison » DK B-CXIX
Epicure : « la fortune a peu d’emprise sur le
sage, c’est sa raison qui règle les chose les plus grandes et les plus
importantes durant toute la durée de a vie » MC XVI
Le contentement et la
gêne
Démocrite : « le contentement et la gène définissent l’utile et
le nuisible » DK B-CLXXXVIII
Clément
d’Alexandrie attribue également
cette maxime à Démocrite et nous dit qu’il la répétait souvent DK B-IV.
Note : C’est peut-être là,
la source de la théorie du plaisir comme guide, d’Epicure :
« Il faut estimer le beau, les vertus et autres chose semblables
s’ils nous procurent du plaisir, sinon non » Us 70.
Le trouble moral
Démocrite :
« l’heureux homme naturellement porté à accomplir des actions justes
et légales est jour et nuit réjoui sur de lui et sans souci, mais celui qui ne
tient pas compte delà justice et n’accomplit pas ses devoirs, trouve en
toutes choses sujet de s’affliger lorsqu’il y repense : il
connaît la crainte et se blâme lui-même » DK B-CLXXIV (également
B-CCLXII) « la gloire que confère
la justice est la fermeté du jugement et la sérénité, mais la crainte de
l’injustice est le comble du malheur » DK B-CCXV
Epicure : « Le
juste est le plus à l’abri du trouble, l’injuste est rempli par le
plus grand trouble » MC XVII. « Il n’est pas possible que
celui qui, en se cachant, commet ce que les hommes se sont mutuellement
accordés à ne pas faire, afin der ne pas causer de tort ni en subir, soit
certain que cela restera inaperçu, même si à partir de maintenant cela est
passé dix mille fois inaperçu ; car jusqu’à sa disparition, il
n’y a nulle évidence que cela continue de rester inaperçu » MC XXXV
« pour le crime, il y a l'expiation de la prison, la chute horrible du
haut de la Roche Tarpéienne, les verges, les bourreaux, le carcan, la poix, le
fer rouge, les torches ; et même à défaut de tout cela, il y a l'âme consciente
de ses fautes et prise de peur, qui se blesse elle-même de l'aiguillon, qui
s'inflige la brûlure du fouet, » « il n'est pas facile de couler des
jours paisibles à qui viole par ses actes le pacte de paix publique. En vain
les a-t-il dérobés aux regards des dieux et des hommes, il vit sans cesse dans
l'angoisse de les voir découverts : ne dit-on pas que beaucoup, par des paroles
échappées dans le sommeil ou le délire de la maladie, ont révélé des fautes
longtemps cachées ? » Lucrèce
La conscience de sa faute
Démocrite : « Le commencement du salut, c’est la
connaissance de sa faute » DK
B-XLIII
Epicure : « celui
qui est conscient de sa faute est sur la voie de se corriger » Us
522 ; lucil 28
Le respect de soi
Démocrite : «Même dans la solitude, ne dis rien ni ne fais rien de
blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre
conscience que devant les autres »
Pythagore : “Ne pratique de chose honteuse jamais ni avec un
autre, ni en particulier ; mais plus que tout respecte-toi
toi-même”. vers d’or de Pythagore n°11-12.
La sagesse est
indépendante des autres
Démocrite : « Ce n’est pas la crainte mais le devoir qui doit
détourner des fautes » DK B-XLI « meilleur guide en matière de vertu
apparaît celui qui use de l’encouragement et de la persuasion verbale
plutôt que de la contrainte de la loi. Car celui que la seule convention
détourne de l’injustice selon toute probabilité agit mal en cachette
alors que celui que la persuasion convint ne commet selon toute probabilité
rien de répréhensible ni en cachette ni ouvertement B-CLXXXI « les nature
viles ne tiennent pas les serments arrachés sous la contrainte lorsque le
danger a disparu » B-CCXXXIX
Epicure : « Le sage qui possède le plus grand bien du genre humain est
également sage même si il n’y a aucun témoin » Us 533
Le plaisir de soi-même
Démocrite : «… et il s’accoutume à prendre plaisir de
lui-même » (hors recueil de maximes)
Lucrèce : “l’esprit a le privilège de penser par lui-même et
pour lui, et aussi de se réjouir en soi” III.
Combativité et sens de
l’effort
Démocrite : “Les fatigues de toutes sortes sont plus agréables que
l’oisiveté, lorsque nous touchons au but que nos peines visent à
atteindre ou lorsque nous savons que nous y parvenons” B-CCXLIII.
Diogène Laerce : « [Démocrite] était si travailleur qu’il se fit une
petite cellule dans le jardin entourant sa maison pour s’y
enfermer »
Epicure : « L’habitude d’une
vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend
l’homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu’il doit
nécessairement remplir dans la vie … il y a de nombreuses
souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent
pour nous un plus grand plaisir » lettre à Ménécée (voir aussi MC XXVIII, et Cicéron
des fins I)
Espoir du possible et
satisfaction du présent
Démocrite : « Il faut appliquer sa réflexion au possible et se contenter
de ce que l’on a » DK B-CXCI.
Epicure : « Essayons de faire
que la prochaine étape soit meilleur que la précédente, tant que nous sommes en
chemin, mais une fois que nous atteignons la limite, réjouissons-nous de façon
égale » MV48 (voir aussi MV 35)
L’espoir raisonnable
Démocrite : “Les espoirs d’un homme intelligent sont atteignables,
ceux du sot sont impossibles.” DK B-CCXCII
Epicure : « Il
faut donc se rappeler que l’avenir n’est ni à nous, ni tout à fait étranger
à nous, en sorte que nous ne devons, ni l’attendre comme s’il
devait arriver, ni désespérer comme s’il ne devait en aucune façon se
produire. » lettre à Ménécée.
La parole est
l’ombre de l’action
Démocrite : « C’est dans les actions et dans la conduite
qu’il faut rechercher la vertu et non en paroles » DK B-LV
Diogene Laerce et
Plutarque attribuent à Démocrite : « La parole
est l’ombre de l’action » DK B-CXLV
La politique
Démocrite : « Il faut accorder la plus grande importance aux questions
politiques afin que l’administration de la cité soit bonne » DK
B-CCLII
Plutarque : « Démocrite admoneste par ses écrits
d’apprendre la science politique » DK B-CLVII
Note :
Il y a là une opposition avec Epicure pour qui « le sage
n’approchera pas les affaires publiques à moins que quelque circonstance
ne l’y oblige » Us 9 (MV 58) Toutefois, la maxime suivante nous
montre qu’en fait ils n’étaient peut-être pas si éloignés.
Pour vivre tranquille
Démocrite : « Pour vivre tranquille, il faut embrasser peu
d’affaires publiques ou privées » DK B-III
Cette même maxime est également attribuée à
Démocrite par Sénèque DK B-III
Déconsidération des rois
et des puissants
Démocrite : « Démocrite déclara qu’il préféra trouver une seule
certitude causale plutôt que devenir le roi des perses » DK B-CXVIII. Une
autre anectode le fait traiter le roi Darius, de « plus fou de tous
les mortels » DK A-XX (hors recueil de maximes)
Epicure :
« le philosophe ne veut ni l’autorité ni le pouvoir
d’Alexandre » Diogene d’Oenenda fragment 54 « Puisque les
trésors ne sont pour notre corps d'aucun secours, et non plus la noblesse ni la
gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l'esprit ? » Lucrèce
Contre la culture
mondaine
Démocrite : « L'éducation est pour les gens heureux une parure, pour les
malheureux un refuge » B-CLXXX « Beaucoup d’hommes très
instruits n’ont aucune intelligence » DK B-LXIV « Beaucoup qui n’ont pas appris la
Raison, vivent cependant d’après la Raison » DK B-LIII
Epicure :
“L’étude de la nature ne forme ni des
vantards, ni des fabricants de formules, ni des individus exhibant la culture
convoitée par le plus grand nombre, mais des hommes vifs, qui se suffisent à
eux-mêmes, et fiers des biens qui leur sont propres, non des biens
d’occasion.”
Les lois sont une
invention des hommes (elles ne viennent pas des dieux)
Démocrite : DL « les lois n’interdiraient pas à chacun de vivre selon
son penchant si les gens ne se faisaient pas tord mutuellement »
B-CCXLV
Diogène Laerce : pour Démocrite « Le droit est une invention des hommes,
tandis que les atomes et le vide existent selon la nature. »
Epicure : « La justice n’existe pas en elle-même, mais […] c’est un contrat conclu pour ne pas se causer de tort et ne pas en subir » MC XXXIII « quand les rois furent égorgés, il ne resta plus rien de l'antique majesté des trônes ni de l'orgueil des sceptres, et le superbe diadème d'une tête souveraine, tout sanglant sous les pieds du vulgaire, pleura ses anciens honneurs ; car ce que l'on a craint, on se passionne à le briser. Aussi les affaires publiques, tombées dans la plus basse lie, retournaient-elles au désordre de la multitude ; chacun voulait le pouvoir et le premier rang. Alors quelques hommes apprirent aux autres à créer des magistrats et à fonder la justice, en vue d'un régime légal. Car le genre humain, fatigué de vivre dans l'anarchie, épuisé par la discorde, se plia d'autant mieux à l'autorité des lois et de la stricte justice. Comme chacun dans sa colère était disposé à pousser la vengeance plus loin que ne le permettent aujourd'hui les justes lois, on comprend que les hommes en soient venus à se lasser d'un régime de désordre. Désormais la crainte du châtiment trouble les douceurs coupables de l'existence ; le violent, l'injuste, se prend dans ses propres filets et c'est sur son auteur que l'iniquité presque toujours retombe ; il n'est pas facile de couler des jours paisibles à qui viole par ses actes le pacte de paix publique. » Lucrèce
Le bien, le juste et le
vrai sont universels parmi les hommes
Démocrite : « Pour tous les hommes, le bien et la vérité sont les mêmes,
seul le plaisant varie entre les individus » DK B-LXIX
Epicure : « Considérant
ce qui est commun, le juste est le même pour tous, car c’est quelque
chose d’utile dans la communauté mutuelle des hommes » MC XXXVI
Démocrite : « Les hommes n’ont pas honte de se déclarer heureux en
[trouvant de l’or] parce qu’ils ont creusé les profondeurs de la
terre par les mains d’esclaves enchaînés dont les uns périssent sous les
éboulements et les autre soumis pendants des années à cette nécessité demeurent
dans ce châtiment comme dans une patrie » pseudo-Hippocrate lettre n°17
Diogène Laerce écrit à propos d’Epicure « on a des
témoignages suffisants de son incroyable justice envers tous [...] Que
l’on songe encore à son amour filial, à sa bienfaisance à l’égard
de ses frères, à sa douceur pour ses esclaves, mise en évidence par son
testament, et ce fait qu’il les admettait à son enseignement
philosophique, puisque le plus célèbre de ses disciples fut ce Mus que
j’ai cité plus haut. En un mot, il était un ami de tous les hommes. »
Note : Pour Epicure, la
douceur vaut aussi avec les femmes, ce qui tranche avec les maximes machistes
de Démocrite. Epicure
accorde la Présidence accordée à Leotion qui a écrit des ouvrages de
philosophie dont Cicéron loue son style ( ne natura
deorum I 93). Un portrait peint la montrait en train de méditer (Pline NH 35,
99) Thémista (Cicéron contre pison 63, usener 125)
la Terre s’ouvre
tout entière à l’âme de valeur
Démocrite : « la vie à l’étranger apprend à se suffire à
soi-même » DK B-CCXLVI « la Terre s’ouvre tout entière à
l’âme de valeur, car la patrie du sage, c'est l'univers »
Clément
d’Alexandrie cite
Démocrite : « Je suis assurément de tous mes concitoyens celui qui a
le plus voyagé de tous, de part toute la Terre pour m’instruire,
j’ai vu quantité de cieux et de contrées, j’ai écouté quantité
d’hommes instruits, et nul ne m’a surpassé dans l’art de
composer des écrits accompagnés de démonstrations pas même les géomètres
égyptiens » DK B-CCXCIX
Diogène Laerce : « [Démocrite] quitta son pays pour aller en Égypte apprendre des prêtres la géométrie, et qu’il poussa jusqu’en Chaldée, en Perse, et à la mer Érythrée. On dit même qu’il fréquenta les gymnosophistes en Inde et qu’il alla en Éthiopie »
Eloge du discours bref
Démocrite : « Il faut dire la vérité et ne pas trop parler » DK B-XLIV « Celui qui se contredit et
parle trop n’est pas naturellement disposé à apprendre ce qu’il
faut faire » DK B-LXXXV
Epicure : « Il faut voir nettement que le discours abondant et le
discours bref tendent vers le même but » SV 26.
Le Franc-parler
Démocrite : « Le franc-parler est le propre de la liberté mais le risque
gît dans la reconnaissance du moment opportun » DK B-CCXXXVI
Epicure : « Les
éloges que nous adressent nos semblables doivent être spontanées » MV64
(voir le traité sur le franc-parler de Philodème)
La prudence
Epicure : « la prudence estimée comme la philosophie » lette à
Ménécée
Amitié et utilité
Démocrite : « Tous nos parents ne sont pas nos amis, mai seulement ceux
qui s’accordent avec nous sur ce qui est utile » DK B-CVII
Epicure : « Toute amitié est par elle-même une vertu ; pourtant elle a eu son
commencement de l’utilité » MV 23
Importance majeure de
l’amitié
Démocrite : « II ne vaut pas la peine de vivre, si l'on n'a pas un bon
ami» maxime 65 « Nombreux sont ceux qui paraissent être nos amis et ne le
sont pas, et nombreux sont ceux qui le sont sans le paraître » maxime 63
« L'amitié d'un seul homme censé vaut mieux que celle de tous les insensés
ensemble » maxime 64
Epicure : « Parmi
les choses dont la sagesse se munit en vue de la félicité, de beaucoup la plus
importante est la possession de l’amitié » MC 27
Les petits services
Démocrite : « De petits services rendus à propos sont les plus grands
pour ceux qui les reçoivent » DK B-XCIV
Epicure : « N’évite
pas de rendre de petits services car tu paraîtras capable d’en rendre des
grands » Us 214.
La richesse et la liberté
Démocrite : « L’esclave de l’argent ne saurait être
juste » maxime 16
Epicure : « Seul celui qui peut se passer de la richesse est digne
d’en jouir » Lucil 14
Le rire
« Un rire perpétuel secouait Démocrite »
DK A-XXI
Epicure : « il faut rire et vivre en philosophe… » MV 41
Sur la procréation
Démocrite : « Les hommes rangent au nombre des choses nécessaires, à ce qui
leur semble, d’avoir des enfants, c’est la une obligation de la
nature en même temps qu’une insitution primitive. Les enfants évidemment,
c’est aussi le fait des autres animaux : c’est la nature qui
les pousse tous à avoir des descendants, sans considération aucune de
l’utilité. Une fois nés, leurs parents peinent à les nourrir, tremblent
pour eux tant qu’ils sont petits et souffre de ce qu’il leur arrive
de facheux… » DK B- CCLXXVIII « Elever des enfants est chose
difficile : réussir en la matière implique bien des combats et des soucis
y échouer apporte un chagrin sans égal » DK B- CCLXXV « Je n'approuve
pas chez l'homme la procréation, car dans le fait d'avoir des enfants
j'aperçois de nombreux et considérables dangers ; j'y vois, au contraire, peu
de satisfactions ; encore sont-elles minimes et sans poids… » DK B-
CCLXXVI « Pour quiconque a besoin d'assurer sa descendance, le mieux, me
semble-t-il, est d'adopter le fils d'un de ses amis. On aura un enfant tel qu'on
le désire. » DK B- CCLXXVII
Clément
d’Alexandrie :
« Démocrite invite à ne pas se marier ni avoir d’enfants : ce
serait s’exposer à bien des tracas ainsi qu’à des questions
frivoles qui nous détourneraient des plus nécessaires. Epicure est
d’accord avec lui » DK A-CLXX
Epicure : «Le sage ne doit ni se
marier ni avoir d’enfants. Il pourra cependant le faire dans des
circonstances particulières » DL
Importance de
l’éducation jointe à la nature
Démocrite : « il y a en un sens de la réflexion chez les jeunes gens et
de l’irréflexion chez les vieillard ce n’est pas le temps qui
apprend à être raisonnables mais une éducation précoce jointe à la
nature » DK B-CLXXXIII « il y a plus de gens qui deviennent valeureux
grâce à l’exercice qu’il n’y en a par nature » DK
B-CCXLII « si nous permettons aux enfants de ne pas
s’extérioriser en se donnant de mal, ils n’apprendront ni la
lecture et l’écriture, ni la musique, ni la compétions sportive, ni par
dessus tout renfermer la vertu à savoir le respect» DK B-CLXXIX « on peut
sans engager de grandes dépenses donner de l’éducation à ses
enfants » DK B-CCLXXX « il
faut le plus possible partager sa fortune avec ses enfants » DK B-CCLXXIX
Epicure :
« Je vous demande, au nom de votre sympathie
pour moi et pour ma philosophie, sympathie que vous m’avez témoignée dès
votre jeunesse, de prendre soin des enfants de Métrodore » testament, DL.
(Apia, la fille de Métrodore était éduquée comme les garçons).
« L’étude de
la nature ne forme ni des vantards, ni des fabricants de formules… »
Les désirs désordonnés de
la jeunesse
Démocrite : « la
pire chose que l'on puisse apprendre aux enfants, c'est la frivolité ; elle
provoque les plaisirs qui développent la perversité. » DK B-CLXXVIII
Epicure :
« pour
le jeune, la part première du salut est de conserver la force de sa jeunesse,
et de se préserver de ce qui souille tout à la suite des désirs enragés » MV 80
L’inné-l’acquis
Démocrite : « connaissent et recherchent le bien ceux que la nature a doués
pour cela » DK B-LVI
Epicure : « Tous les corps, tous les pays ne sont pas également propres
à la sagesse » DL « L'éducation peut
former certains hommes et les polir uniformément ; le caractère de chacun n'en
garde pas moins son empreinte première. Nos défauts, croyons-le, ne peuvent
être si bien extirpés, que l'un ne reste toujours sur la pente qui fait glisser
à la colère, que l'autre ne se tourmente trop vite de crainte, qu'un troisième
n'ait trop de facilité à s'accommoder des choses. [...] Il est une évidence que
je puis cependant proclamer, c'est que les traces du naturel premier, que la
raison est incapable d'effacer, s'atténuent cependant au point que rien ne peut
nous empêcher de mener une vie digne des dieux » Lucrèce III
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Signification des
abréviations