La philosophie de Platon est une réaction contre la philosophie de Démocrite

 

 

 

 

Démocrite d'Abère                                                                 Platon

 

 

 

 

« Sauf dans le camp totalitaire, l’influence de Platon et d’Aristote sur nos vies s’est il vrai largement dissipé, alors que si le nom de Démocrite est généralement oublié, sa pensée et sa morale demeurent vivantes parmi nous »

Karl Popper, la société ouverte et ses ennemis tome II

 

 

[Whitehead] a dit: " La philosophie se résume à des notes au bas de Platon. " Pour moi, c'est le contraire: la philosophie se résume à tout ce qui réfute le platonisme

Clément Rosset 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur l’origine du cosmos

 

Démocrite est athée : « A l’origine de toutes choses il y a les atomes et le vide, tout le reste n’est que supposition » DL « L'univers est infini parce qu'il n'est l'œuvre d'aucun démiurge » DK A-XXXIX

 

Platon est croyant : « Ce monde [] a été formé par la providence du Dieu, [] l’auteur n’en a fait ni deux, ni un nombre infini ; il n’est né que ce ciel unique et il n’en naîtra plus d’autre » Timée, 30c-31b

 

 

 

 

Sur la nature de l’âme

 

Démocrite est matérialiste : « Le corps est mu par l’âme, mais l’âme est quelque chose de corporel” DK A-CIVa

 

Platon est spiritualiste : « le Dieu a fait l’âme avant le corps et supérieure au corps en âge et en vertu » Timée, 34c

 

 

 

Sur la vie après la mort

 

Démocrite ne croit pas à la vie après la mort : “Bien qu’ils ignorent la décomposition de notre nature mortelle, certains hommes, conscients des mauvaises actions dont leur vie est remplie, passent misérablement en troubles et en frayeur le temps qui leur reste à vivre, inventant des fables mensongères sur le temps qui fait suite à la mort ” DK B-CCXCVII

 

Platon rêve de la vie après la mort : « Les vrais philosophes sont avides de mourir » Phédon, 67d  «  si je ne croyais pas trouver dans l’autre monde, d’abord d’autres dieux sages et bons, puis des hommes meilleurs que ceux d’ici, j’aurais tort de n’être pas fâché de mourir » Phédon, 63b

 

 

 

Sur le Suicide

 

Démocrite a volontairement mis fin à ses jours : « Démocrite, lorsque le poids de l'âge l'avertit que les ressorts de la mémoire faiblissaient en lui, alla de lui-même offrir sa tète à la mort » Lucrèce, III ; DL

 

Platon interdit le suicide « il ne faut pas se tuer avant que Dieu nous en impose la nécessité » Phédon, 62c

 

 

 

 

A propos de l’humanisme

 

Démocrite  invente l’humanisme : « L’homme sage et savant est la mesure de toute chose » DK B-CCCIX

 

Platon parle comme un théologien : « Dieu est la mesure de toute chose » Lois, 716c « L'homme est fait pour être le jouet de Dieu » Lois, 644d « L'homme n'est qu'une marionnette inventée par Dieu » Lois, 803c « si Dieu le veut » Lois, 632e « allons à la grâce de Dieu » Lois, 625c

 

Note : Platon s’oppose à Protagoras qui avait déclaré « l’homme est la mesure de toute chose », mais derrière c’est aussi Démocrite qui est visé.

 

Sur le plaisir

 

Démocrite invite à des plaisirs mesurés : « L’heureuse disposition de l’âme naît de la modération du plaisir  et de la mesure de la vie » DK B-CXCI «  la  modération accroît le plaisir, et rend la volupté encore plus grande » DK B-CCXI

 

Platon méprise les plaisirs corporels : « les vrais philosophes se gardent de toutes les passions du corps, leur résistent et ne s’y abandonnent pas » Phédon, 82b « l’âme du philosophe méprise profondément le corps, le fuit et cherche à s’isoler en elle-même » Phédon, 65c « Le corps est le tombeau de l'âme. » Gorgias 493a, Cratyle 400c, Phèdre 250c

 

 

 

Sur l’Art

 

Démocrite a écrit de nombreux ouvrages sur l’art et la musique :   « des Rythmes et de l’Harmonie, de la Poésie, de la Beauté épique, de la Consonance et de la Dissonance des lettres d’Homère ou de la justesse des vers et des termes, du Chant, de la Diction » DL

 

Platon veut exclure les artistes de sa cité idéale : « [L’artiste] est dépourvu de savoir ni d’opinion correcte quand à la beauté et à la qualité des choses qu’il imite » République, 602a

 

 

 

Sur la Démocratie

 

Démocrite est favorable à la démocratie : « La pauvreté en régime démocratique l’emporte sur ce que chez les souverains ont appelle à tord le bonheur pour autant que la liberté l’emporte sur l’esclavage » DK B-CCLI

 

Platon a horreur de la démocratie

 

 

 

Sur l’origine des lois

 

Démocrite considère la loi comme un contrat entre les hommes : « Le droit est une invention des hommes » DL « Les lois n’interdiraient pas à chacun de vivre selon son penchant si les gens ne se faisaient pas tord mutuellement » DK B-CCXLV

 

Platon veut que les lois soient perçues comme une lettre venant de Dieu : « Est-ce un dieu, étrangers, ou un homme à qui vous rapportez l'établissement de vos lois ? C'est un dieu, étranger, oui, un dieu » Lois, 625a

 

 

 

Sur la vertu

 

Démocrite invite à faire la justice par amour du bien, et non par peur d’une sanction : « Ne t’autorise pas du fait que personne ne connaîtra ta conduite à plus mal agir que si ton action était connue de tous » DK B-CCLXIV « Ce n’est pas la crainte mais le devoir qui doit détourner des fautes » Maxime 7 «  les nature viles ne tiennent pas les serments arrachés sous la contrainte lorsque le danger a disparu » DK B-CCXXXIX

 

Platon n’imagine pas que l’on puisse être juste sans une autorité placée au dessus de soi : « personne n'est juste volontairement, mais par contrainte »  République, 360d. Si quelqu'un recevait le pouvoir de devenir invisible et d’échapper à la justice, « et ne consentait jamais à commettre l'injustice, ni à toucher au bien d'autrui, il paraîtrait le plus malheureux des hommes, et le plus insensé, à ceux qui auraient connaissance de sa conduite » (La république, II, l’anneau de Gygès)

Pour Platon, la justice c’est l’ordre et l’injustice le désordre, car l’individu n’a pas de libre-arbitre (Timée, 86-87) et fait le mal involontairement, d’où l’urgence de placer les hommes dans une société fermée et surveillée par les gardiens.

 

 

Sur l’éducation morale

 

Démocrite veut convaincre du bien : « meilleur guide en matière de vertu apparaît celui qui use de l’encouragement et de la persuasion verbale plutôt que de la contrainte de la loi. Car celui que la seule convention détourne de l’injustice selon toute probabilité agit mal en cachette alors que celui que la persuasion convint ne commet selon toute probabilité rien de répréhensible ni en cachette ni ouvertement » DK B-CLXXXI

 

Platon veut imposer la loi par l’autorité : « chez vous, parmi ces lois si bien établies, une des plus belles est celle qui défend aux jeunes gens d'y rechercher ce qu'elles(les lois) ont de bon et ce qu'elles ont de défectueux ; ils doivent s'accorder à dire d'une seule voix et du même cœur qu'elles ont été parfaitement conçues, puisque les dieux en sont les auteurs, et ils ne doivent en aucun façon supporter qu'on en parle autrement devant eux » Lois, 634e “il faut moins se glorifier d'avoir bien commandé que d'avoir bien obéi, d'abord aux lois, parce que c'est obéir aux dieux” Lois, 762e

 

 

Sur l’esclavage

 

Démocrite dénonce le traitement inhumain des esclaves : « Les hommes n’ont pas honte de se déclarer heureux en [trouvant de l’or] parce qu’ils ont creusé les profondeurs de la terre par les mains d’esclaves enchaînés dont les uns périssent sous les éboulements et les autre soumis pendants des années à cette nécessité demeurent dans ce châtiment comme dans une patrie » Démocrite d’après pseudo-Hippocrate lettre n°17

 

Platon n’aime pas la douceur avec les esclaves : "A Xénocrate, qui entrait un jour chez lui, [Platon] demanda de fouetter son esclave, car lui ne pouvait le faire, étant trop en colère." DL "quand  un esclave a manqué, il faut le punir et ne pas s'en tenir à de simples réprimandes comme on ferrait avec un homme libre, ce qui le rendrait plus insolent. Toute parole adressée à un esclave doit être un ordre absolu et il ne faut point jouer avec ses esclaves, soit hommes, soit femmes, comme le font beaucoup de gens, qui rendent ainsi sottement leurs esclaves plus délicats" ” Lois, 777e-777a "il n'y a rien de sain dans une âme d'esclave" Loi, 776e "il ne saurait y avoir d'amitié entre les esclaves et les maîtres, ni entre les gens de rien et les hommes de mérite" Lois, 757a

 

Note : La position de Platon est à rapprocher de celle de son élève Aristote dans « la politique », tandis que celle de Démocrite est à relier à celle des sophistes. Comme Diagoras, Protagoras, le premier des sophistes, aurait été un esclave que Démocrite avait choisi pour son talent à lier les fagots, avant de l’instruire et vraisemblablement de l’affranchir. (a propos de l’esclavage et des philosophes, voir Sénèque lettre 47)

 

 

Sur l’ouverture au monde

 

Démocrite est ouvert au monde : « Je suis assurément de tous mes concitoyens celui qui a le plus voyagé de tous, de part toute la Terre pour m’instruire, j’ai vu quantité de cieux et de contrées, j’ai écouté quantité d’hommes instruits, et nul ne m’a surpassé dans l’art de composer des écrits accompagnés de démonstrations pas même les géomètres égyptiens » DK B-CCXCIX

 

Platon veut une société fermée : « qu'il ne soit permis en aucune manière à  tout citoyen au-dessous de quarante ans de voyager à l'étranger, quelque part que ce soit, et qu'aucun n'ait le droit de voyager à titre privé, mais seulement au nom de l'État, en qualité de héraut, d'ambassadeur ou de délégué aux fêtes de la Grèce » Lois, 950d-e

 

 

 

 

 

 

Et Enfin…

 

« Aristoxène (Souvenirs historiques) dit que Platon voulut brûler tous les ouvrages de Démocrite qu’il pouvait trouver, mais qu’il en fut empêché par Amyclas et Clinias, disciples de Pythagore, qui lui dirent que ce serait un acte inutile, puisque quantité de gens possédaient déjà ces livres. Cette tradition est exacte, car Platon, qui a cité tous les philosophes anciens, n’a parlé nulle part de Démocrite, même là où il aurait eu occasion de le contredire, car il savait bien qu’il s’attaquerait alors au meilleur de tous les philosophes. »

DIOGÈNE LAËRCE, vie des philosophes illustres, Démocrite

 

 

Dans son dialogue “Les Lois” (livre X), Platon réclame la peine de mort pour ceux qui prétendent que les choses arrivent selon “le hasard et la nature”, cette “doctrine que beaucoup de gens regardent comme la plus ingénieuse de toutes”. Qui Platon vise-t-il ? Démocrite ? Empédocle ? ou tous les philosophes de la nature ?

 

 

 

 

 

 

Platon contre les philosophes de la nature

 

  la page noire de Platon

 

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