Les contre-lumières
Une grande partie de l’histoire de la philosophie peut se voir
comme une réaction spiritualiste contre les lumières et le rationalisme scientifique.
La première partie de l’histoire du matérialisme de Friedrich-Albert
Lange montre assez bien ce mouvement. Chaque avancée du rationalisme produit une
réaction spiritualiste. Platon et Aristote réagissaient contre Démocrite et les
philosophes de la nature, Leibniz et Kant contre les lumières radicales
spinozistes, Bergson contre le matérialisme biologique ect...
Les contre-lumières ne sont pas nécessairement des anti-lumières, mais le plus souvent des
lumières atténuées. Elles proposent parfois une réflexion
originale, défendent certaines avancées et reconnaissent généralement ce qui ne
peut désormais plus être nié par une personne intelligente dans leur époque,
mais s’avèrent incapables d’accepter véritablement le nouvel ordre du monde.
Elles s’efforcent de le combattre, soulèvent des objections parfois
intéressantes, mais ce qui les conduit n’est pas la force argumentative des
idées, mais bien une réaction émotionnelle de l’ancien monde auquel elles
étaient attachées et qui est en train de s’effondrer. Elles cherchent un espace
pour sauver ce qui peut encore être sauvé de l’ordre ancien. La phrase de Kant «
il me fallait mettre de côté le savoir pour faire de la place à la
croyance » à la fin du siècle des lumières, en est un aveu
symptomatique.
Platon contre Démocrite
et les philosophes de la nature.
Platon,
critique du matérialisme Platon et Leibniz contre les matérialistes
Aristote celui qui a « retardé le
progrès des sciences pour 20 siècles » avec sa causalité
finale.
Critique de Francis
Bacon, The Advancement of Learning.
Pascal contre Descartes.
les Pensées de Pascal contre la thèse des Trois
Imposteurs
Locke contre les Lumières radicales (spinozistes).
Sur
la tolérance des athées, Discours sur les miracles.
Leibniz « l’avocat de
Dieu » qui « défend les mystères de la pensée mystique contre la nouvelle
physique et la philosophie mécaniste ».
Leibniz luthérien, Leibniz et le mysticisme, Leibniz
contre Descartes et Spinoza
Kant, le grand
« retardateur » « qui retourna à
« Dieu », pareil à un renard qui retourne par erreur dans sa
cage ».
Critique de Nietzsche, Le Gai Savoir § 335.
Kant hors du Temps (résumé critique) L'Aufklärung à contre-Lumières Heidegger, Kant et l'alternative
au scientisme des Lumières la théodicée réhabilité la contre-révolution ptoléméenne
Hegel, un « théologien
travesti en philosophe »
Critique de Feuerbach,
Hegel :
« La religion chrétienne est celle de la vérité » « Je suis luthérien
et je veux le rester » « Le contenu de la philosophie et celui de la
religion sont le même » (Philosophie de la religion, Papiers posthumes,
Encyclopédie)
Schopenhauer croit aux esprits et à la parapsychologique.
Bergson contre le matérialisme biologique, et le temps spatialisé et relatif
d’Einstein.
Bergson et la religion Bergson et le fait mystique La « gloire » de Bergson , Bergson exprime le désir de se
convertir au christianisme dans son testament
de 1937
Wittgenstein, un mystique.
Ludwig Wittgenstein : A Christian in philosophy
l’avis terrible de Deleuze
Husserl contre Galilée.
Husserl su Spinoza in Spinoza Husserl et Galilée Autour de Husserl Husserl comme théologien
Husserl et le Dieu d'Aristote
Heidegger selon qui « la
science ne pense pas » et mène une « guerre à couteau tiré au
rationalisme ».
Heidegger et la théologie catholique Mysticism and Gnosticism in
Heidegger Philosophie et théologie dans la pensée de Martin
Heidegger Heidegger, le mal et la science Heidegger on overcoming rationalism through
transcendental philosophy
Merleau-Ponty selon qui « la phénoménologie c'est d'abord le
désaveu de la science ».
Merleau-Ponty et la contre-tradition
Leo Strauss et la révélation biblique
Revelation, Reason and Politics
J’admets que classer un penseur comme une lumière, une
contre-lumière, ou une anti-lumière n’est pas toujours pertinent. On trouvera
des individus difficilement classables comme Auguste Comte, qui n’était pas une
contre-lumière dans son époque, mais est pourtant si peu lumineux. Egalement,
sur certaines notions bien précises on pourra donner des contre-exemples.
Ainsi, Leibniz se fait une idée des mathématiques qui est bien plus
rationaliste que Descartes. Comme toujours, proposer une analyse nécessite de fixer
des catégories et ces catégories induisent une déformation et une réduction par
rapport à la complexité du réel. Je pense malgré tout que ce découpage est
clarifiant pour un certain nombre d’idoles de la philosophie officielle, et
permet de les remettre à leur juste place. Les contre-lumières ne sont pas
toujours inintéressantes, et proposent parfois des réflexions pertinentes, mais
on commet trop souvent l’erreur de les prendre pour la lumière alors qu’en
fait, elles l’atténuent.
Il est en effet surprenant de voir combien de « grands
philosophes » défendent la croyance, le mysticisme, le spiritualisme ou
une certaine forme de transcendance au coeur de leur pensée ; et comme les
théologiens, on ne s’étonne plus de les trouver spontanément négatifs envers la
rationalité scientifique, le matérialisme ou la modernité technique. Pour un
vrai rationaliste, il est triste de constater que ces contre-lumières soient à
ce point reconnues comme les penseurs les plus importants.