Le Dieu d’Aristote est un faux concept

 

 

« Pour tenter de prouver l’existence de son Dieu transcendant, Aristote commence par chercher la cause d’une chose, puis la cause de la cause, puis la cause de la cause de la cause et ainsi de suite jusqu’à postuler l’existence d’une cause première aussi appelée “le moteur non mu130 ou encore “la cause incausée130. Toutefois, une cause incausée viole le principe de Causalité, or c’est au nom de ce principe qu’Aristote justifie l’existence de son Dieu qui, lui, existerait sans cause. En effet, c’est pour avoir une cause à l’origine de l’univers qu’il a déduit l’existence d’un Dieu, mais alors, si l’on est prêt à accepter que Dieu puisse exister tout seul, sans cause, pourquoi ne pas simplifier le problème et dire que l’univers existe tout seul, sans passer par la case Dieu pour créer l’univers ? Même sans connaître les idées développées dans cet essai, n’importe qui peut voir que l’hypothèse naturaliste est plus simple. Ainsi, le raisonnement d’Aristote qui prétend déduire l’existence d’un Dieu incausé au nom de la Causalité est complètement fallacieux, puisqu’il abolit le principe sur lequel il s’appuie. Avant même de commencer à discuter de l’éventuelle existence d’un Dieu transcendant, nous voyons déjà que l’idée même d’un tel Dieu existe dans nos esprits seulement à cause d’une conjecture mal fondée. Passons sur ce grave problème, et voyons si ce concept inintelligible ne pourrait pas malgré tout s’avérer une hypothèse féconde. En fait, depuis des millénaires, Aristote et tous les théologiens qui l’ont suivi n’ont fait que repousser le problème de l’origine de l’univers au problème de l’origine de leur Dieu. Or, un Dieu transcendant est une entité dont rien en ce monde ne trahit l’existence, et même si nous faisons l’effort d’accepter cette étrangeté comme une simple hypothèse, nous voyons qu’elle n’apporte rien, et même qu’elle complique inutilement le problème. Le Dieu d’Aristote est donc un faux concept… » Extrait de « l’Amour de la Raison Universelle »

 

  

 

 

L’argumentation contenue dans cet extrait était classique au siècle des lumières. En voici quelques exemples :

 

 

Si la nature nous offre un nœud difficile à délier laissons-le pour ce qu'il est et n'employons pas à le couper, la main d'un être qui devient ensuite pour nous un nouveau nœud plus indissoluble que le premier. Demandez à un Indien pourquoi le monde reste suspendu dans les airs, il vous répondra qu'il est porté sur le dos d'un éléphant et l'éléphant sur quoi l'appuiera-t-il ? sur une tortue ; et la tortue, qui la soutiendra ?... Cet Indien vous fait pitié et l'on pourrait vous dire comme à lui : Monsieur Holmes mon ami, confessez d'abord votre ignorance, et faites-moi grâce de l'éléphant et de la tortue.
Denis Diderot, Lettre sur les aveugles (texte qui lui valu d’être emprisonné à la Bastille)

 

Vouloir remonter au-delà (du monde naturel) pour trouver le principe de l’action dans la matière et l’origine des choses, ce n’est jamais que reculer la difficulté...

Paul Henri Thiry d'Holbach, Système de la nature, Chapitre II

 

Cela donne complètement gain de cause aux disciples de Ocellus, Timée, Spinoza, Diderot et d'Holbach. L'argument sur lequel ils s'appuient, triomphant et sans réplique, est que, dans toutes les hypothèses de la cosmogonie, vous devez admettre une préexistence éternelle de quelque chose, et selon la règle de la saine philosophie, vous n'avez jamais à employer deux principes pour résoudre une difficulté lorsqu'un seul suffit. Ils disent alors qu'il est plus simple de croire à la fois dans la préexistence éternelle du monde, tel qu'il est actuellement en cours, et qui pourrait continuer indéfiniment  par le principe de la reproduction de ce que nous voyons et de témoignage, plutôt que de croire en l'éternel préexistence d'une cause ultérieure, ou créatrice du monde, un être que nous ne voyons pas, dont nous ne savons rien, et qu'aucun sens ne peut nous informer de la forme de sa substance, de son mode ou de son lieu d'existence, qu'aucun pouvoir de l'esprit nous permet de délimiter ou de comprendre.

Thomas Jefferson, lettre à John Adams, April 11, 1823

Ton dieu lui-même, ainsi que je te l'ai déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en fournir aucune; et que, par conséquent dès que ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile; qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout ce qui est nul est néant; ainsi, pour me convaincre que ton dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son inutilité
Marquis de Sade, Dialogue entre un prêtre et un moribond

 

  

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