Religiosité rationnelle et fête de la Raison

 

 

Dans l’antiquité, les épicuriens pratiquaient une forme de religiosité naturelle : « Epicure observait toutes les formes de culte et enjoignait ses amis de les observer, non seulement en raison des lois, mais pour des causes naturelles » (d’après Philodème, Us 13).

Les épicuriens furent accusés d’athéisme dissimulé et pour cause, leur conception avait vidé la religion de son contenu : « La piété, ce n'est pas se montrer à tout instant la tête voilée devant une pierre, ce n'est pas s'approcher de tous les autels, ce n'est pas se prosterner sur le sol la paume ouverte en face des statues divines, ce n'est pas arroser les autels du sang des animaux, ni ajouter les prières aux prières ; mais c'est bien plutôt regarder toutes choses de ce monde avec sérénité » Lucrèce

 

 

Au XVIIième, Spinoza propose une réforme de la religion comparable à celle qu’avait opéré Epicure. On retrouve cette tonalité chez les lumières et chez les auteurs qui s’en réclament. Ces idées avaient conquis les révolutionnaires français qui tentèrent de substituer à la foi chrétienne, la fête de la Raison, transformée l’année suivante en culte de l’être suprême :

« Le véritable prêtre de l’Etre Suprême, c’est la Nature, son temple, l’univers, son culte, la vertu » Maximilien Robespierre.

 Désormais, en France, on célébrait, la déesse Raison, le Dieu Progrès et les prêtresses de la philosophie. Le calendrier chrétien fut aboli et remplacé par le calendrier républicain dédié à la nature. Les prénoms n’étaient plus ceux de saints, mais ceux de fruits, d’arbres ou de plantes.

 

« je vois que la Raison est éternelle […], et qu’elle est le vrai Dieu, et que c’est bien un culte qu’il faut lui rendre. […] Les hommes sentent bien tous confusément qu’il y a quelque chose de supérieur, quelque chose d’éternel à quoi il faut s’attacher, et sur quoi il faut régler sa vie. Mais ceux qui conduisent les hommes en excitant chez eux l’espoir et la crainte leur représentent un Dieu fait à l’image de l’homme, qui exige des sacrifices, qui se réjouit de leurs souffrances et de leurs larmes, un Dieu enfin au nom duquel certains hommes privilégiés ont seuls le droit de parler. Un tel Dieu est un faux Dieu.

La Raison, c’est bien là le Dieu libérateur, le Dieu qui est le même pour tous, le Dieu qui fonde l’Égalité et la Liberté de tous les hommes, qui fait bien mieux que s’incliner devant les plus humbles, qui est en eux, les relève, les soutient. Ce Dieu-là entend toujours lorsqu’on le prie, et la prière qu’on lui adresse, nous l’appelons la Réflexion. C’est par la Raison que celui qui s’abaisse sera élevé, c’est-à-dire que celui qui cherche sincèrement le vrai, et qui avoue son ignorance, méritera d’être appelé sage. »

Alain “Le culte de la raison comme fondement de la République” 

 

 

        Dans un discours qui suscita de violentes réactions aux états-unis, Albert Einstein parle de la religion d’une façon qui rappelle de telles idées :

 « Dans leur lutte pour le bien moral, ceux qui enseignent la religion doivent avoir la stature de renoncer à la doctrine d'un Dieu personnel, c'est-à-dire renoncer à cette source de crainte et d'espoir qui, dans le passé a mis un si vaste pouvoir dans les mains des prêtres. Dans leurs travaux, ils devront se servir de ces forces qui sont capables de cultiver le bon, le vrai et le beau dans l'humanité elle-même. C'est, bien sûr, une tâche bien plus difficile mais incomparablement plus noble. Après que les professeurs en religion aient accomplit ce processus d’affinement indiqué, ils ne manqueront pas de reconnaître avec joie que la vraie religion a été anoblie et rendue plus profonde grâce à la connaissance scientifique. " […] "Plus l’évolution spirituelle de l'humanité progresse, plus il me semble que le chemin de la religiosité authentique ne se trouve pas dans la peur de la vie, la peur de la mort, ou la foi aveugle, mais dans l’effort pour la connaissance rationnelle. En ce sens, je crois que le prêtre doit devenir un enseignant s'il veut rendre justice à sa noble mission éducative » Albert Einstein, ideas and opinions

 

        

 

 

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