La chute de Rome et de l'Empire Romain

ainsi que la disparition de la philosophie et de la civilisation Gréco-Romaine

causées par le christanisme ?


Peinture Cole Thomas Destruction

   La question de la responsabilité du christianisme dans l'effondrement de l'empire romain d'Occident au Ve siècle ne peut pas être balayée comme étant seulement la thèse de Voltaire, Nietzsche et d'autres libre-penseurs anti-chrétiens. C'était la prédiction du philosophe païen Celse au IIe siècle en cas de convertion de l'empire au christianisme, et les contemporains du sac de Rome (en 410 par les Wisigoths) jugèrent que l'adoption toute récente du christianisme (en 395) était la cause directe de cette catastrophe. Saint-Augustin écrivit justement la cité de Dieu contre les païens pour répondre à cette polémique (voir les chapitres 1-5 et chez Orose). On retrouve cette accusation chez divers auteurs du Vème siècle, par exemple l'historien païen Zosime, mais finalement aussi le chrétien Salvien qui "soutient également que c’étaient les dérèglements des chrétiens qui avaient attiré les ravages des barbares" (Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romaines, chap.19).

     Sur cette page, nous nous proposons de donner des clefs de compréhension de la chute de Rome, de l'Empire d'Occident, et plus largement de la civilisation gréco-romaine et éclairer en particulier la question de la co-responsabilité ou non du christianisme dans ce désastre. L'effondrement de la civilisation gréco-romaine est à l'évidence due à de multiples causes non exclusives (on compte plus de 210 théories) mais qui aboutissent au final à son remplacement par la civilisation judéo-chrétienne.
       En suivant "Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain : Rome de 96 à 582". Edward Gibbon
(Robert Laffont. 1983) mais aussi d'autres sources plus récentes, nous observons que la chute de l'empire romain d'Occident s'est déroulée en 3 grandes étapes:


            1 - la déstabilisation: mutation culturelle (IIIe siècle)                                         

            2 - le basculement: changement de religion et donc de civilisation (IVe siècle)

            3 - l'effondrement: les invasions barbares (Ve siècle)                                         




Préambule: philosophie et histoire. Toute analyse et jugement historique et politique contient en fait des jugements moraux et philosophiques a priori. Par conséquent, les personnes ayant initialement des opinions philosophiques très différentes aboutiront nécessairement à des jugements historiques et politiques différents. Donc, derrière les débats historiques (ici la chute de Rome), ou parfois même scientifiques (le débat Bohr-Einstein), se cache en fait un débat philosophique de fond, qui est notre véritable combat.
    Notre point de vue pro-Empire Romain et anti-Chrétien, ici développé, correspond donc à celui de notre positionnement philosophique. De même que l'avis pro-chrétien correspond à la position théologico-spiritualiste et la position pro-barbare provient du relativisme culturel et de l'égalitarisme civilisationnelle. Ainsi, bien qu’un jugement historique reste relatif à sa doctrine philosophique, comme notre philosophie s'affirme comme la vraie, et que celle de nos adversaires est dénoncée comme fausse, nous concluons malgré tout que les jugements historiques qui découlent de notre philosophie sont absolument vrais, et pas seulement relatifs.





Etat des Lieux: l'antiquité gréco-romaine un sommet de la civilisation
 
(Ve siècle avant JC - IIe siècle après JC)



 - L'apogée de l'antiquité gréco-romaine est la période de 7 siècles qui va de Périclès (Athènes) à Marc-Aurèle (Rome). Cette civilisation atteint son sommet au IIe siècle, sous les Antonins, époque de paix, de prospérité et de bonheur presque généralisé.


Peinture Cole Thomas Consummation- Le IIe siècle romain: un sommet du dévelopement humain. L'Empire romain avait atteint au IIe siècle un niveau de dévelopement humain et une prospérité encore inégaliée à son époque. Au XVIIIe siècle, Gibbon pouvait encore écrire que la population de l'empire romain de cette époque "excède peut-être celle de l’Europe moderne, et qui forme la société la plus nombreuse que l’on ait jamais vue réunie sous un seul gouvernement" (Chap II. p31). En effet, Alexandrie comptait au moins un demi-million d'habitant et Rome plus d'un million d'habitant, un niveau que Paris et Londres n'atteignent qu'au XIXe sicèle !
    De même, l'armée romaine compte 500 000 hommes, et peu déplacer des dizaines légions comptant au total plusieurs centaines de milliers hommes, des effectifs très supérieurs à celui des croisades et qui ne sera clairement dépassé qu'à l'époque napoléonienne.

       Malgré la méconnaissance de découvertes essentielles  de la renaissance nécessaires au monde moderne (pomme de terre, mécanisation,...), le génie de l'organisation antique avait permis un niveau de développement sans précédent, nettement visible dans les biens de consommations. L'historien-archéologue Bryan Ward-perkins insiste que dans l'empire romain ce dévelopement des biens de consomation touche même les classes modestes dans des provinces reculées comme la bretagne.

     La conclusion de ce tableau est qu'il s'est passé une catatrophe d'une ampleur considérable à la fin de l'antiquité et que si l'on pouvait allier aujourd'hui le génie moral et civique des anciens à la puissance technologique conférée par la science moderne, on pourrait amener l'humanité bien plus loin sur le chemin du progrès.



Félicité générale: "Malgré le penchant qu’ont tous les hommes à vanter le passé et à se plaindre du présent, les Romains et les habitans des provinces sentaient vivement et reconnaissaient de bonne foi l’état heureux et tranquille dont ils jouissaient. « Ils conviennent tous que les vrais principes de la loi sociale, les lois, l’agriculture, les sciences, enseignées d’abord dans la Grèce par les sages Athéniens, ont pénétré dans toute la terre avec la puissance de Rome, dont l’heureuse influence sait enchaîner, par les liens d’une langue commune et d’un même gouvernement, les Barbares les plus féroces. Ils affirment que le genre humain, éclairé par les arts, leur est redevable de son bonheur et d’un accroissement visible : ils célèbrent la beauté majestueuse des villes et l’aspect riant de la campagne, ornée et cultivée comme un jardin immense : ils chantent ces jours de fêtes, où tant de nations oublient leurs anciennes animosités au milieu des douceurs de la paix, et ne sont plus exposées à aucun danger. » Quelque doute que puisse faire naître le ton de rhéteur et l’air de déclamation que l’on aperçoit dans ce passage, ces descriptions sont entièrement conformes à la vérité historique." (Chap II, p42).


 L'Empeur Romain: un monarche républicain au service du bonheur du peuple. "S’il fallait déterminer dans quelle période de l’histoire du monde le genre humain a joui du sort le plus heureux et le plus florissant, ce serait sans hésiter qu’on s’arrêterait à cet espace de temps qui s’écoula depuis la mort de Domitien jusqu’à l’avénement de Commode. Un pouvoir absolu gouvernait l’étendue immense de l’empire, sous la direction immédiate de la sagesse et de la vertu. Les armées furent contenues par la main ferme de quatre empereurs successifs, dont le caractère et la puissance imprimaient un respect involontaire, et qui savaient se faire obéir, sans avoir recours à des moyens violens. Les formes de l’administration civile furent soigneusement observées par Nerva, Trajan, Adrien et les deux Antonins, qui, chérissant l’image de la liberté, se glorifiaient de n’être que les dépositaires et les ministres de la loi. De tels princes auraient été dignes de rétablir la république, si les Romains de leur temps eussent été capables de jouir d’une liberté raisonnable." L'antonin Marc-Aurèle fut le dernier des "cinq bons empereurs": "Sa mémoire fut longtemps chère à la postérité ; et plus d’un siècle encore après sa mort, plusieurs personnes plaçaient l’image de Marc-Aurèle parmi celles de leurs dieux domestiques" Chap III, p58.

    "L’aspect de la cour répondait aux formes de l’administration. Si nous en exceptons ces tyrans qui, emportés par leur folles passions, foulaient aux pieds toutes les lois de la nature et de la décence, les empereurs dédaignèrent une pompe dont l’éclat aurait pu offenser leurs concitoyens, sans rien ajouter à leur puissance réelle. Dans tous les détails de la vie, ils semblaient oublier la supériorité de leur rang : souvent ils visitaient leurs sujets, et les invitaient à venir partager leurs plaisirs ; leurs habits, leur table, leur palais, n’avaient rien qui les distinguât d’un sénateur opulent : leur maison, quoique nombreuse et brillante, n’était composée que d’esclaves et d’affranchis. Auguste ou Trajan aurait rougi d’abaisser le dernier des citoyens à ces emplois domestiques que les nobles les plus fiers de la Grande-Bretagne sont aujourd’hui si ambitieux d’obtenir dans la maison et dans le service personnel du chef d’une monarchie limitée."
    "Dans les républiques d’Athènes et de Rome, la modestie et la simplicité des maisons particulières annonçaient l’égalité des conditions, tandis que la souveraineté du peuple brillait avec éclat dans la majesté des édifices publics. L’introduction des richesses et l’établissement de la monarchie n’éteignirent pas tout-à-fait cet esprit républicain. Ce fut dans les ouvrages destinés à la gloire et à l’utilité de la nation, que les plus vertueux empereurs déployèrent leur magnificence. Le palais d’or de Néron avait excité à juste titre l’indignation ; mais cette vaste étendue de terrain envahie par un luxe effréné, servit bientôt à de plus nobles usages." Chap II, p35



Le progrès morale et sociétal


- La méritocratie républicaine. "[L'Empereur] Vespasien, né dans l’obscurité, ne tirait aucun lustre de ses ancêtres : son aïeul avait été soldat, et son père possédait un emploi médiocre dans les fermes de l’état." (ChapIII, p55). Egalité juridique de tous les citoyens devant la loi (la loi des 12 tables en 451 avant JC: le "1789 romain").

- Conditions des esclaves. Les esclaves sont princiapelement des priosnniers de guerres qui venaient piller Rome. L'antiquité part d'un niveau très bas, proche de l'état de nature, mais on observe malgré tout progressivement un adoucissement de la conditions des esclaves et des lois nouvelles pour les protéger des abus (Gibbon, Chap II, p23/30). La condition des esclaves est meilleur sous les Antonins que sous les premiers empereurs chrétiens (Patrice Larroque. De l'esclavage chez les nations chrétiennes). Enfin l'esclave n'est pas le serf qui reste dans sa caste pour toujours. L'esclave méritant a vocation à gagner son affranchissement. Un tiers des esclaves sont affranchis par générations.
- Conditions des femmes. A partir d'Auguste, les femmes sont émancipées de la tutelle de leur mari après leur troisième enfants. La place majeure des Vestales dans la religion romaine montre également une différence notable avec le catholicisme et l'islam ou aucune fonction religieuse d'importance est occupée par des femmes.
-Politique sociale. Les empereurs distribuent du pain gratuitement à la population. Trajan crééa l'aide alimentaire pour les enfants démunis. De même, Marc-Aurèle crééa un orphelinat pour jeune-filles abandonnées.

-La paix. "Adrien et les deux Antonins s’attachèrent également au système général embrassé par Auguste. Ils persistèrent dans le projet de maintenir la dignité de l’empire, sans entreprendre d’en reculer les bornes : on vit même ces princes employer toutes sortes de moyens honorables pour gagner l’amitié des Barbares. Leur but était de convaincre le genre humain que Rome, renonçant à toute idée de conquête, n’était plus animée que par l’amour de l’ordre et de la justice." "Les contrées soumises à Trajan et aux Antonins étaient étroitement unies entre elles par les lois, et embellies par les arts. Il pouvait arriver qu’elles eussent à souffrir occasionnellement de quelques abus du pouvoir confié aux délégués du souverain ; mais en général le principe du gouvernement était sage, simple et établi pour le bonheur des peuples. Les habitans des provinces exerçaient paisiblement le culte de leurs ancêtres, et, confondus avec les conquérans, ils jouissaient des mêmes avantages, et parcouraient d’un pas égal la carrière des honneurs." (Gibbon, Chap I, p6)
-l'irreligion. "Cicéron se servit des armes de la raison et de l’éloquence pour combattre les systèmes absurdes du paganisme : mais la satire de Lucien était bien plus faite pour les détruire : aussi ses traits eurent-ils plus de succès. Un écrivain répandu dans le monde ne se serait pas hasardé à jeter du ridicule sur des divinités qui n’auraient pas déjà été secrètement un objet de mépris aux yeux des classes éclairées de la société. Malgré l’esprit d’irréligion qui s’était introduit dans le siècle des Antonins, on respectait encore l’intérêt des prêtres et la crédulité du peuple. Les philosophes, dans leurs écrits et dans leurs discours, soutenaient la dignité de la raison, mais ils soumettaient en même temps leurs actions à l’empire des lois et de la coutume. Remplis d’indulgence pour ces erreurs qui excitaient leur pitié, ils pratiquaient avec soin les cérémonies de leurs ancêtres, et on les voyait fréquenter les temples des dieux ; quelquefois même ils ne dédaignaient pas de jouer un rôle sur le théâtre de la superstition, et la robe d’un pontife cachait souvent un athée."

- Tolérance de la diversité religieuse et lutte contre les fanatiques. Les romains polythéistes étaient généralement assez tolérants envers les diverses formes de culte dans l'Empire. Chaque peuple pouvait honorer ses dieux. Toutefois, les romains combattait férocement certaines formes de superstition qui les révoltait. En particulier, les druides celtes avaient interdit l'écriture, pratiquaient des sacrifices humains et fomentaient des révoltes contre le pouvoir Romain, ce pourquoi leur religion fut interdite en Gaule puis en Bretagne (Gibbon chap II, p24). De même, le fanatisme des juifs et l'intolérance des prédicateurs chrétiens causèrent des conflits récurrents avec les Grecs et les Romains.






IIIe siècle
 la déstabilisation des valeurs gréco-romaine
classiques




- A la fin du IIe siècle, le philosophe païen Celse prédit la chute future de l'empire romain si un terme n'est pas rapidement mis à la diffusion du christianisme. Le très sage et très modéré empereur Marc-Aurèle prend des mesures contre les agitateurs chrétiens qui prônent l'intolérance religieuse et refusent de participer au culte impérial (religion civile). Les condamnations (persécutions) de chrétiens s'intensifient sous Marc-Aurèle. Un de ses maîtres stoïcien, Quintus Junius Rusticus, préside le procès et la condamnation à mort de Justin de Naplouse.
    Toutefois, le stoïcien Marc-Aurèle voyait l'action providentielle des dieux dans l'attribution des parents et des enfants. Sous l'effet de cette croyance, et aussi pour éviter à son fils un assassinat certain s'il ne devenait pas Empereur, il laisse le jeune Commode lui succéder plutôt que de choisir le plus apte à gouverner comme l'avait fait ses prédécesseurs. La succession filiale avait déjà créé des graves crises au Ier siècle (avec Caligula, Néron, Domitien) qui avaient pu être jugulées par la nomination de Vespasien puis des Antonins. Là, la melagomanie d'un nouveau fils d'empereur fut la cause d'une nouvelle crise mais qui ne fut cette fois-ci pas corrigée et produisit un engrenage de désastres qui aboutirent au final à la chute de l'empire Romain.
   Étonnamment, Commode fut aussi le premier à tolérer le christianisme... 
D'une manière générale, les empereurs favorables au christianisme vont globalement affaiblir l'empire (Commode, les Sèvères, Phillipe, Gallien, Valens...), tandis que les défenseurs de la romanité vont combattre cette religion, mais après Marc-Aurèle leur règne fut le plus souvent très courts. La mort tragique, accidentelle et prématurée de Pertinax en 193, Gordien en 238, Dèce en 251, Claude en 270, Aurélien en 275, Probus en 282 et enfin Julien en 363 sont une explication supplémentaire à la chute de l'empire qui a vraiment manqué de chance car aucune des diverses tentatives ultérieures de restauration de la romanité n'a jamais eu le temps d'aboutir. 



 - Les orientations philosophiques peu éclairées des nouveaux empereurs: Commode était sous l'influence de sa favorite, Marcia, patrone des chrétiens. Contre le sage avis de son père Marc-Aurèle, Commode inaugure la tolérance du christianisme dans l'empire et soutien l'évèque de Rome. "Par une fatalité singulière, les maux [que les chrétiens] avaient endurés sous le gouvernement d'un prince vertueux cessèrent tout à coup à l'avènement d'un tyran" (Gibbon, chapXVI, p407). Commode fut en effet l'un des pires empereur romain. Sous son règne, le sénat s'orientalise permetttant ensuite à la superstition de continuer de se développer sous la dynastie des Sèvères avec l'appui du pouvoir impérial. L'empereur Septime Sèvère "comme presque tous les Africains, s’appliquait avec la plus grande ardeur aux vaines études de la divination et de la magie" (chap VI). Il introduit le philosophe sophiste Flavius Philostratus à sa cour et sa femme, l'impératrice Julia Domna, lui commande une vie d'Apollonios de Tyane (un néo-jésus-christ faiseur de miracles), que Lucien de Samosate  moquait comme un charlatan. La nourice et le précepteur de Caraccala étaient tous deux chrétiens (Gibbon, chap XVI, p407). La nièce de Julia Domna, Julia Mamaea, mère du futur empereur Alexandre-Sévère, s'intéressait aussi vivement aux choses du christianisme et pour ses dévotions, l'empereur Alexandre-Sèvère réunit les portraits de saints personnages, parmi lesquels Apollonius de Tyane, le Christ, Abraham et Orphée (Gibbon p408/409).
    Le christianisme continue ainsi de se diffuser sans obstacle majeur
après Marc-Aurèle (les quelques persécutions sont courtes et d'ampleur limitées) et le christianisme bénéfie en fait le plus souvent du soutien du pouvoir impérial.

- le néoplatonisme. Au milieu du IIIe siècle, l'empereur Gallien donne une reconaissance publique au christianisme et fait venir le néoplatonicien Plotin à sa cour. L'appui impérial favorise cette nouvelle orientation de la philosophie. "Les nouveaux platoniciens s’épuisaient en disputes de mots sur la métaphysique. Occupés à découvrir les secrets du monde invisible, ils s’appliquaient à concilier Platon avec Aristote sur des matières aussi peu connues de ces philosophes que du reste des mortels ; et, tandis qu’ils consumaient leur raison dans des méditations profondes, mais illusoires, leur esprit demeurait exposé à toutes les chimères de l’imagination. Ils prétendaient posséder l’art de dégager l’âme de sa prison corporelle ; ils se vantaient d’avoir un commerce familier avec les esprits et avec les démons et, par une révolution bien étrange, l’étude de la philosophie était devenue l’étude de la magie. Les anciens sages avaient méprisé la superstition du peuple : après en avoir déguisé l’extravagance sous le voile léger de l’allégorie, les disciples de Plotin et de Porphyre s’en montrèrent les plus zélés défenseurs" "Fanatisme des philosophes: On est surpris et scandalisé que les philosophes eux-mêmes aient voulu abuser de la crédulité superstitieuse des hommes, et qu’ils aient cherché à soutenir les mystères grecs par la magie ou théurgie des platoniciens. Ils se vantaient audacieusement de pouvoir contempler l’ordre mystérieux de la nature, pénétrer les secrets de l’avenir, commander aux démons inférieurs, jouir de la vue et de la conversation des dieux supérieurs ; et, en dégageant l’âme de ses liens matériels, réunir à l’esprit divin cette immortelle particule de son être infini... [confirmant] cette alliance monstrueuse de la philosophie et de la superstition" (chap XIII p291. chap XXIII, p 638).
  

- Fragilité Culturelle. Le christianisme est également favorisé par l'ouverture trop rapide de la citoyenneté romaine à des peuples peu éclairés qui fragilisent la culture gréco-romaine (exemple: édit de Caracalla Sèvère en 212) et qui, comme les barbares se convertissent facilement au christianisme. Au milieu du IIIe siècle, « les 35 tribus (originelles) du peuple romain composées de guerriers, de magistrats et de législateurs avait disparu dans la masse commune du genre humain: elles étaient confondues avec des millions d'esclaves habitants des provinces, et qui avait reçus le nom de Romains, sans adopter le génie de cette nation si célèbre. La liberté n'était plus le partage que de ces troupes mercenaires levées parmi les sujets et les barbares des frontières qui souvent abusaient de leur indépendance. Leurs choix tumultuaires avaient élevés sur le trône de Rome un Syrien, un Goth, un Arabe et les avaient investi du pouvoir de gouverner despotiquement les conquêtes de la patrie des Scipions » (Gibbon, chap VII, p145).
    Ce problème s'aggrave dramatiquement au IVeme siècle après les réformes militaires désastreuses de Constantin (Michel de Jaeghere. Les derniers jours, la fin de l'empire romain d'Occident)


La terrible crise du IIIe siècle. Depuis le tyran Commode, mauvaise gouvernance + épidémies + fiscalité qui asphyxie l'économie -> crise économique + famines + baisse de la natalité + défaites militaires + premières invasions barbares. Ceci conduit l'empire à une très grave crise qui atteint son apogée avec la faiblesse de l'empereur Gallien, occupé à converser avec Plotin et qui laisse l'empire non-défendu se disloquer, envahi de toute part par les barbares.


- Une Correction insuffisante. Après l'apocalypse entre 235 et 268 où famines + épidémies + barbares conduisirent à la mort de près de la moitié de la population, les empereurs Illyriens Claude, Aurélien et Probus réagissent et font cesser rapidement le désordre. Ils écrasent les barbabres étonnés qui s'enfuient. Ils redressent l'état, et sauvent l'empire. Ils font aussi cesser la tolérance contre le christianisme. Mais il est trop tard ! Cette doctrine s'est trop répandue dans la population pour que leur successeurs puissent maintenant faire facilement marche arrière ; d'autant que le climat défavorable de la crise a favorisé une montée générale de superstitions dans le peuple et accèlère également la corruption de la philosophie parmi les élites.


La destruction de la culture classique. A la fin du IIIe siècle, les païens sont devenus beaucoup plus superstitieux et ils renient les philosophes classiques de la Grêce qui ont pourtant façonné leur culture depuis 700 ans. "Les bosquets de l’académie, les jardins d’Épicure, et même le portique des stoïciens furent presque abandonnés, comme autant d’écoles différentes de scepticisme ou d’impiété ; et plusieurs parmi les Romains désirèrent que les écrits de Cicéron fussent condamnés et supprimés par l’autorité du sénat. La secte dominante des nouveaux platoniciens crut devoir s’unir avec les prêtres [conduisant à] une alliance monstrueuse de la philosophie et de la superstition" (Gibbon, Chap XVI, p414). Ainsi, l'élite romaine jadis éclairée par l'épicurisme et le stoïcisme a disparu et la philosophie est désormais réduite au seul néoplatonisme qui ouvre la voie vers le monothéisme.



-  Dans ce contexte, se développe des cultes à tendance monothéiste. Les conditions sont désormais réunies pour une transformation de plus grande ampleur et donc un changement de civilisation.




IVe siècle
le basculement:
la guerre civile païen-chrétien



- La conversion de Constantin. En 313, Constantin s'allie aux chrétiens (5% de la population de l'époque) pour devenir Empereur et fait du christianisme la religion officielle de l'état. Il fait transférer la capitale de l'empire romain à Constantinople (Istanbul) pour favoriser le pouvoir de cette nouvelle religion impopulaire à Rome. Il confie à des chrétiens les postes clefs de l'administration qui commencent à persécuter le paganisme (destruction et pillage de temples). L'affrontement avec Licinius tourne également à un affrontement païen contre chrétiens, mais Constatin l'emporte et impose sa version du christianisme au concil de Nicée.


    Vers 353-357, le christianisme est bien installé et on observe les permiers édits d'interdiction du paganisme (interdiction des sacrifices nocturnes, fermeture des temples, interdit d'adorer des statues, autel de la victoire retiré au sénat à Rome).


- La réaction païenne. En 361, Julien devenu empereur apostasie la religion chrétienne de ses parents affirmant que ce "n’est qu’une fourberie purement humaine, et malicieusement inventée, qui, n’ayant rien de divin, est pourtant venue à bout de séduire les esprits faibles, et d’abuser de l’affection que les hommes ont pour les fables, en donnant une couleur de vérité et de persuasion à des fictions prodigieuses" (Contre les galiléens). (Julien est cependant un néoplatonicien superstitieux, ce qui reste de plus éclairé comme philosophe à cette époque).
Gibbon raconte que "La vénérable antiquité de la Grèce aspirait à Julien une tendresse respectueuse qui éclatait en transports, au souvenir des dieux, des héros et des hommes supérieur aux héros et au dieux qui avaient légué à la dernière postérité les monuments de leur génie ou l'exemple de leurs vertus" (chap XXII, p630).

     Julien voit une menace dans le christianisme et prend des mesures drastiques pour revenir au paganisme (les chrétiens sont condamnés à réparer les temples qu'ils ont détruits), mais Julien meurt accidentellement en 363. Sur son lit de mort, Julien rendit l'âme en véritable païen "la nature me redemande ce qu'elle m'a prêté ; je lui rends avec la joie d'un débiteur qui s'acquitte et non point avec la douleur ou les remords que la plupart des hommes croient inséparables de l'état où je suis" (chap XXIV, p690). Selon ses contemporains, s'il avait vécu plus longtemps, il serait vraisemblablement parvenu à "éteindre la religion de Jésus-Christ" (Gibbon, chap XXIII, p 665).
   "En négligeant d'assurer par le choix prudent et judicieux d'un collègue et d'un successeur, l'exécution future de ses projets (la restauration du paganisme) Julien fut en quelque sorte la cause du triomphe du christianisme et des calamités de l'Empire" (Gibbon, chap XXIV, p691).


- L'alliance des romains chrétiens avec les barbares chrétiens. L'empereur chrétien Valens autorise pour la première fois des barbares Wizigoths armés à vivre au sein de l'empire romain confiant dans le fait qu'ils étaient chrétiens.
Avec l'appui de Valens, Fritigern goth converti au christianisme arien défait le roi goth Athanaric II qui avait lancé dans une très dure campagne de persécution des Goths chrétiens. Il craignait que le christianisme ne détruise l'ordre social des Goths encore païens.
     Mais les goths chrétiens dans l'empire s'avèrent rapidement incontrolables. 
Après la terrible défaite d'Andrinople de 378 contre ces barbares devenus incontrolables, au lieu de s'occuper de ce problème Wizigoth, l'empereur romain chrétien Théodose décide au contraire de s'allier à ces barbares chrétiens pour en faire des mercenaires utile pour matter les païens qui s'opposent à sa politique de christianisation de l'empire, et ce sont enfin ces barbares chrétiens enrollés (certes maltraités par Théodose et son fils Honorius) qui mettront Rome à sac en 410.
    Alaric un romain ? En vérité Théodose voulait l'autodestruction mutuelle des paiens et des barbares chrétien. D'ailleurs, théodose puis honorius cherche à les éliminer (pas de ravitaillement, guetappant, attaque surprise). Affirmé qu'Alaric est un romain qui se rebelle est un travestissement histoire des modernes pour relativiser l'événement. Il n'a pas la culture gréco-romaine. C'était des envahisseurs, réutiliés en mercenaires. Le titre de général d'Alaric est un leurre.

- La radicalisation chrétienne. Vers 380-390, les chrétiens prennent le pouvoir total. Théodose édicte des décrets qui interdisent la pratique du paganisme, amorçant la crise terminale de l'empire romain. Même sous la plume d'un historien chrétien, comme Henri-Irénée Marrou, on peut lire que l'état chrétien de cette époque était un "état totalitaire" (Michel Onfray. Christianisme religion d'état et code théodosien).



- L'affrontement final païen-chrétien. En 394, les païens encore majoritaires à Rome conduit par Arbogaste (Franç païen fidèle à Wotan) s'allient à un chrétien modéré, Eugène (Flavius Eugenius Augustus), contre Théodose et les fanatiques chrétiens qui ont pris le pouvoir à Constantinople. L'autel de la victoire est rétabli à Rome.
    Le camps païen est affaiblit par la défection et trahison d'Arbitrius, chargé par Arbogast de couper la retraite à l'ennemi avec un corps d'armée de 20 000 hommes.
Dans un premier temps, la bataille tourne à l'avantage d'Eugène dont les troupes mettent en avant des statues païennes pour humilier l'empereur chrétien Théodose ; mais finalement le vent tourne, favorise les archés de Théodose et Eugène perd de justesse cette bataille (bataille du Frigidus). La civilisation gréco-romaine est perdue. Si une civilisation, c'est ce qui s'agrège autour d'une religion, alors la civilisation gréco-romaine meurt ici en 394, dernier sursaut du paganisme. Arbogaste et Virius Nicomachus Flavianus se suicident. Eugène est exécuté.




le tournant du Ve siècle
la chute de Rome, de l'Occident, et de la civilisation gréco-romaine

- L'affaiblissement de l'Occident. La défaite d'Eugène a des conséquences politiques et sécuritaires désastreuses pour la partie occidentale. Elle provoque l'effondrement militaire de l'Occident à cause d'une perte de soutien des grandes familles païennes occidentales vis à vis du pouvoir impérial qui les persécute et a interdit leur religion. Cette désorganisation de l'état facilite le passage du Rhin par les barbares (en 406) qui ravagent l'Occident, seulement donc quelques années après la victoire finale du christianisme sur le paganisme.On assiste à un effondremetn brutla de l'occident. Des villes entières disparaissent.


- La sac de Rome. Les Wizigoths chrétiens mettent Rome à sac en 410 ! En 455, un second sac de Rome encore plus violent a lieu par les Vandales.
    Les contemporains, étonnés de ces tragiques événements, en demandèrent à leurs docteurs l'explication. L'illustre évêque de Bône, Saint Augustin, à d'autres moments mieux inspiré, la donna : Alaric n'était entré à Rome que pour faire la guerre aux idoles; c'était l'instrument avec lequel Dieu châtiait les païens; quant aux chrétiens qui avaient souffert, c'est Dieu qui l'avait ainsi voulu!


La menace Barbare n'était pas nouvelle. Quand Rome était païenne, cette menace était largement contenue. Les épisodes du IVe siècle (Brennus et la Bataille de l'Allia 15 à 40 000 pertes romaines) et du IIe siècle (la Guerre des Cimbres 110 000 morts romains, très supérieurs à la célèbre bataille de Cannes contre Hannibal) montrent que de graves invasions barbares avaient déjà eu lieu pendant la République. Sauf qu'au Ve siècle quelque chose a changé et Rome ne sait plus y faire face.


- La priorité du gouvenement chrétien n'a pas été de combattre les envahisseurs barbares mais de détruire la paganisme


Chronologie christianisation/invasion Barbare


     - 380/390 Edits d'interdiction de la pratique du paganisme. Destruction massive de Temples.

       - 386 Destruction du temple de Zeus ordonné par l'évèque d'apamée
       - 392 destruction du Sérapéum d'Alexandrie par l' évêque d'Alexandrie

       -  394 Interdictions des jeux olympiques
       -  394 Dernière tentative de reprise de pouvoir par les paiens
(bataille du Frigidus)
       - 397 Edit demandant la réutilisation des pierres des temples païens détruits

       - 406 Passage du Rhin
      - 407 Interdition générale des pratiques paiennes. Interdiction des cérémonies paîennes (banquets)
      - 408 Edit ordonnant la destruction des idoles dans les lieux de culte. Destruction des images qui recoivent un culte.
      - 408 Epuration du gouvernement. Interdiction aux "enemis de la religion catholique" de servir au palais impérial
       - 410 Sac de Rome
       - 416 Exclusion des paiens de l'armée, de l'administration, et de la justice.
       - 435 Edit de rappel de destruction des temples "s'il en reste d'intacts".


Le gouvernement chrétien redoute donc plus un général paien qui aurait pu remettre de l'ordre (mais s'en prendre au christianisme), que de contrer la menace barbare qui est en train de tout ravager.

L'affrontement religieux est donc un bien une cause majeure de l'affaiblissement de l'empire romain.




La chute de Rome causée par le christianisme ?


    Effectivement, le christianisme m'apparait comme la cause principale de la disparition de l'empire romain. Le christianisme a agit:

    1/ au niveau militaire au IV-Ve siècle, en désorganisant la société romaine dans la querelle chrétiens/chrétiens et païens/chrétiens puis en favorisant l'alliance des romains chrétiens avec les barbares chrétiens contre les romains païens.
      2/ au niveau culturel sur le long terme, en supprimant la rationalité héroïque (grec) et le sens civique (romain) qui avaient permis le succès extraordinaire de la civilisation gréco-romaine.



    C'était la conclusion d'Edward Gibbon (XVIIIe), historien et auteur du plus célébre ouvrage sur la chute de l'empire Romain: « La conversion de Constantin précipita la chute de l'empire [...] les institutions partiales de Constantin anéantirent [le gouvernement militaire] et le monde romain devient la proie d'une multitude de Barbares » Gibbon conclusion p1157 et 1156. (Bruno Dumézil sur Gibbon)

   La guerre civile entre sectes chrétiennes: "L’abus du christianisme fit naître dans l’Empire romain de nouveaux sujets de tyrannie et de sédition. Les violences des factions religieuses rompirent tous les liens de la société civile ; et le citoyen obscur qui pouvait regarder avec indifférence la chute ou l’élévation des empereurs, imaginait et éprouvait que sa vie et sa fortune se trouvaient liées avec les intérêts du chef ecclésiastique qu’il avait choisi." "les querelles théologiques affligèrent l’empire" "un évêque arien pouvait satisfaire impunément les ressentimens envenimés de sa haine théologique" "Le simple récit des divisions intestines qui troublèrent la paix de l’Église et déshonorèrent son triomphe, confirmera la remarque d’un historien païen, et justifiera les plaintes d’un respectable évêque. L’expérience avait convaincu Ammien que les chrétiens, dans leurs mutuelles animosités, surpassaient en fureur les bêtes féroces que doit le plus redouter l’homme"  Gibbon Chap XXI 


    - La christianisation des esprits. La culture judéo-chrétienne transforma les hommes. "La crédulité [des moines] dégradait les facultés de leur esprit ; ils falsifiaient le témoignage de l’histoire, et les erreurs de la superstition éteignaient peu à peu les dangereuses lumières de la science et de la philosophie. La révélation divine vint à l’appui de tous les cultes religieux pratiqués par les saints, de toutes les doctrines mystérieuses qu’ils avaient adoptées, et le règne avilissant des moines acheva d’étouffer toute vertu noble et courageuse. S’il était possible de mesurer l’intervalle entre les écrits philosophiques de Cicéron et la légende de Théodoret, entre le caractère de Caton et celui de saint Siméon Stylite, nous apprécierions peut-être la révolution qu’éprouva l’Empire romain dans une période de cinq cents ans." Gibbon p1093.

      En 1790, le révolutionnaire Louis Saint-Just poursuivait : « Les ravages de l'ignorance, après le Bas-Empire, furent incroyables ; on en doit accuser la tyrannie des moines, et leur vie stupide ; cette institution venue de l'épouvante des dogmes ébranla toutes les lois, et créa des vertus stoïques inutiles au monde [.] Le fanatisme est né de la domination des prêtres européens  » L’esprit de la révolution et de la constitution de la France.

    L'influence pernitieuse de l'église et le coût de cette institution improductive pour les finances de l'empire romain fut également identifée comme une cause d'affaiblisement par le célèbre historien Arnold Hugh Martin (A. H. M.) Jones en 1964.

 
    Pour Voltaire, c'est "cette religion qui a détruit l’empire romain"
(Le Dîner du comte de Boulainvilliers).


    Pour Nieztsche, l'inversion des valeurs par le christianisme fut la véritable cause de la chute Rome: "Le christianisme a été le plus grand malheur que l’humanité ait connue jusqu’à présent" (l’Antéchrist, 51) "C’est cela qui se rendit maître de Rome. La même espèce de religion dont Epicure avait déjà violement combattu les formes embryonnaires. Il faut lire Lucrèce pour comprendre ce que combattait Epicure, c'est-à-dire non pas le paganisme, mais le christianisme… et Epicure aurait vaincu car dans l’empire romain tout esprit respectable était épicurien." (l’Antéchrist, 58. Note: Selon Gibbon, au IIe siècle, "Les plus riches habitants de l'Italie avaient presque tous embrassés la philosophie d'Épicure" (Chap III p44)). "Tout le travail du monde antique… en pure perte ! Je ne trouve pas de mots pour exprimer le sentiment que m’inspire cette monstruosité " "A quoi bon les Grecs, à quoi bon les Romains? — Toutes les conditions premières pour une civilisation savante, toutes les méthodes scientifiques étaient déjà là, on avait déjà fixé les règles du grand art, l'incomparable art de bien lire, — cette condition nécessaire pour la tradition de la civilisation, pour l'unité des sciences ; les sciences naturelles liées aux mathématiques et à la mécanique se trouvaient sur le meilleur chemin, ! [...] Ce qu'aujourd'hui nous avons regagné avec une indicible victoire sur nous-mêmes — car nous avons tous encore dans le corps les mauvais instincts, les instincts chrétiens — le regard libre devant la réalité, la main circonspecte, la patience et le sérieux dans les plus petites choses, toute la probité dans la recherche de la connaissance — tout cela existait déjà il y a plus de deux mille ans. Et plus encore, le bon goût, le tact fin et sûr! Non point comme un « dressage » du cerveau, non point comme la culture « allemande », avec des manières de lourdaud! Mais comme corps, comme geste, comme instinct - comme réalité en un mot. . . Tout cela en vain! Plus qu'un souvenir du jour au lendemain! — Grecs! Romains! La noblesse de l’instinct, le goût, la recherche méthodique, le génie de l’organisation et de l’administration, la foi, la volonté d’un avenir humain, le grand « oui » à tout, tout cela visible et perceptible à tous les sens, le grand style, non plus seulement en art, mais devenu réalité, vérité, vie… Et cela, non pas réduit en cendres, instantanément, par un cataclysme naturel! Non pas foulé aux pieds par des Germains et d’autres pédestres balourds! Mais mis à mal par de rusés, de furtifs, d’invisibles et d’anémiques vampires! Non pas vaincu — seulement vidé de son sang!… Maîtres de la place, le désir rentré de vengeance, la mesquine envie!… Voir d’un seul coup tout ce qui est piteux, mal dans sa peau, hanté-de-mauvaises-pensées, bref tout le ghetto de l’âme, prendre le dessus!" Nietzsche, l’Antéchrist, 59.



le discours de Maurice Allard à l'assemblée nationale en 1905 (extrait du film "la séparation").


 

Le cas de l'empire d'Orient. Contre cette thèse, le principal argument est la survie de l'empire d'Orient, mais en fait celui-ci frôle de très près plusieurs fois la destruction (par les Goths, puis par les Arabes) et est incapable d'empêcher le pillage d'Athènes et de la Grêce, même s'il survit pour diverses raisons circonstancielles (fortifications de Constantinople, avantages géographiques face aux invasions du Ve siècle, récupération des capitaux et talents d'Occident qui s'effondre en premier, pression barbare Ostrogoth détournée vers l'Italie à conquérir...). Après quelques tentatives éphémères de reconquête de l'Occident dévasté, l'empire de l'est se réduira à la ville de Constantinople et ses alentours. Enfin, la culture gréco-romaine décline elle-aussi rapidement dans empire d'Orient sous le poids de l'obscurantisme religieux. En 415, la philosophe Hypathie est assassinée par des chrétiens à Alexandrie (voir le film Agora). En 528, Justinien ferme la dernière école philosophique néoplatonicienne d'Athènes (les autres écoles ayant déjà été détruites au IVe siècle) et condamne désormais à mort les apostats. La pratique du paganisme n'est pas seulement interdite, désormais le fait même d'avoir des convictions païennes est passible de la peine capitale. Ceux qui recopient les écrits païens ont la main tranchés. (Ramsay Macmullen. Christianisme et paganisme. Chapitre 1).



Le christianisme est bien la cause principale de la chute de Rome

    Ainsi lorsqu'on m'oppose que la cause principale de la chute de l'empire Romain reste les barbares, je répond oui... des barbares convertis au christianisme ! (des ariens qui deviendront ensuite nicéens). Si Rome avait été conquise par des païens germaniques convertit à un néostoicisme ou à un néoépicurisme (Arbogaste ?), la civilisation gréco-romaine aurait perdurée même si l'empereur romain était ensuite devenu un grand blond et que la capitale avait été déplacée plus au nord, comme ce fut le cas lorsque Rome vainquit la Grêce. C'est donc bien le christianisme qui est la cause principale de la disparition de cette civilisation et des "dark ages". Les barbares ont abandonné leur paganisme pour se convertir en masse au christianisme, l'alliance  naturelle de Thor et de Jupiter contre Jésus devenant alors impossible Jésus est désormais libre de détruire Jupiter dans le sud avant de s'occuper de Thor dans le nord.

   

    Il est important de préciser que c'est un christianisme fanatique qui prend le pouvoir dans l'antiquité et pas une version plus humaniste qui existait pourtant déjà (Pelage), et qui pouvait essayer de s'accorder avec la philosophie grec (Justin, Clément) au lieu de simplement vouloir la détruire, et qui rémergera au milieu du moyen-âge et permettra la renaissance. 


    Contrairement donc à la plupart des historiens modernes qui nient la responsabilité évidente du fanatisme chrétien dans ce désastre et rejettent la conclusion de Gibbon, voir refusent désormais même de parler d'effondrement (mais seulement "d'antiquité tardive"), pour ma part, je rejoins donc Gibbon ou aujourd'hui Ward-Perkins (contre Peter Brown) ou encore Ramsay Macmullen (Christianisme et paganisme. Chapitre 3) qui insisitent sur la responsabilité de toute la superstition (incluant donc Platon et le néoplatonisme). La supersition païenne a servi d'arguments à l'irationalisme chrétien qui a su l'exploiter dans ses défenses et apologies et ceci a empêché le lancement d'une contre-offensive idéologique qui aurait été bien plus efficace et moins criminelle que les persécutions.

    Outre donc la question du sac de Rome ou même la chute de l'occident, plus généralement la disparition de la civilisation gréco-romaine classique fut d'abord causée par une montée générale de l'irrationalité chez les païens au IIIe siècle, dont le christianisme ne fut ensuite que l'aboutissement ultime. Le reniement de la "Raison grecque" (expression de Celse) et des Lumières antiques qui avaient soutenues le génie gréco-romain détruisirent cette civilisation de l'intérieur (y compris dans l'empire d'Orient également décadent).
    Ma conclusion sur l'empire romain ne devrait pas paraître si choquante ni originale. Elle n'est que l'application au cas romain de ce que l'on admet pour d'autres cas similaire.
La destruction de la rationalité est le facteur clef généralement retenu pour expliquer la fin de l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane (VIII-XIIe siècles) qui s'effondre au XIIe siècle lorsqu'elle renie la science sous l'influence de théologiens obscurantistes comme Algazel. Inversement, on admet généralement que les progrès de l'Occident lors de la Renaissance et des Lumières s'expliquent principalement par un retour de la rationalité (scientifique, philosophique, éthique, politique...).





V, VI et VIIème siècle
 
L'effondrement total de l'occident

    S'il y a un événement majeur à retenir dans l'histoire, c'est la chute de Rome. C'est l'événement historique le plus important et marquant de tous les temps. En terme de descution relative, la seconde guerre mondiale est un non-événement.



- Au début de la renaissance, Petrarque parle de "dark ages" (âges sombres) pour décrire la période post-romaine. En effet, au V, VI, VIIe siècle, on constate l'effondrement complet de la civilisation en Occident, avec un retour à des conditions de vie comparables à celles de la préhistoire dans certaines régions:
     disparition des infrastructures, écoles, routes, aqueducs, constructions en pierre...
perte d'usage de la monnaie, montée de l'illettrisme... (Bryan Ward-perkins. La chute de Rome). La population de l'empire romaine avait atteint un record de développement (Gibbon p31). La ville de Rome perd 95% de sa population. L'eau y est coupée. Alors que dans l'empire romain, 50% de la population savait lire, le taux d'alphabetisation tombe à seulement 1% au moyen âge (Charlemagne ne savait pas écrire. Les Francs saliens sont analphabêtes.).

    L’analyse des glaces du carottage GRIP (Greenland Ice Core Project) montre que le taux de métaux dans l'air (plomb/cuivre - signe de l'activité humaine) connait un pic à l'époque romaine avant de chuter à un niveau quasi- préhistorique au moyen-âge.

    A Cologne en Germanie romaine (80 000 habitants), l'eau potable était disponible pour tous les habitants (y compris les maisons des Ubiens) et ne serra rétablie qu'en 1872. Idem pour les égouts, il faut attendre 1881. Il faut attendre 1700 ans pour que la ville posséde un système de distribution d'eau comparable ! (documentaire: Rom am Rhein / LesRomains en Germanie).





       


             Au Ve siècle, 95% des livres disparaissent et l'hostilité envers la science apparait (Interview Dr Richard Carrier).(idem selon John Scheid)

        Grégoire de Tour écrit: "Aussi beaucoup d'hommes gémissaient disant : « Malheur à nos jours ! L’étude des lettres périt parmi nous, et on ne trouve personne qui puisse raconter dans ses écrits les faits d'à présent »".        
        Walafrid Strabon: "La science entière en partie inconnue de ce monde barbare"


    Au VIIIe siècle, le souvenir heureux de Rome demeurait encore vivace en Occident, au point que Charlemage se déclara "Empereur des Romains".


     L'Occident mettra plus de 1000 ans à se rétablir, et avec l'aide d'innovations et de découvertes ultérieures venues d'Asie et d'Orient.


La terreur de l'église pour imposer le Moyen-Age chrétien


-  En Orient, vers 550-600, sous Justinien, Tibère II et Maurice la spoliation et la persécution des païens est la politique officielle de l'état Byzantien. Plusieurs personnages parfois haut placés sont exécutés pour paganisme, à l'image du gouverneur de Carrhae Acindynus (Ramsay Macmullen. Christianisme et paganisme. Chapitre 1).


- En 681 le concile de Tolède demande de faire arrêter et décapiter toute personne coupable de pratiques non-chrétiennes. Le paganisme persiste pourtant et est encore vivace. Il est parfois majoritaire dans le peuple, par exemple en provence en 580 (MacMullen p111), en espagne ou en angleterre. On trouve encore des traces tardives de paganisme jusqu'au IX et Xe siècles.
    "
Le gouvernement aussi poussé par les évêques brandissait la menace et plus: amendes, confiscations, exil, emprisonnement, fouet, torture, décapitation et crucifixion. Qu'imaginer de plus ? Rien. On faisait pression de toutes les manières possibles et imaginables, même les plus extrêmes. C'est ainsi que l'on se fit obéir au bout de plusieurs siècles et que l'empire fut véritablement rendu chrétien" (Ramsay Macmullen. Christianisme et paganisme. Chapitre 2).   



- Au VIIIe siècle, Charlemage, le soldat de l'église, parcourt l'Europe occidentale pour faire aux païens ce qu'Hitler faisait aux juifs. En 772, Charlemagne fait exécuter 4500 prisonniers païens qui refusent de se convertir au christianisme en une seule journée ! (Massacre de Verden). Les dernières poches de résistances païennes sont ainsi éradiquées. L'inquisition poursuivra son combat jusqu'au XVIIIe siècle.

Note: A titre de comparaison, pendant la terreur à Paris durant 2 ans (entre 1793 et 1795), dans un climat de guerre civile et d'invasion étrangère, 2 639 personnes sont condamnées à mort par le Tribunal révolutionnaire. L'établissement du christianisme a donc été très violent ce que les chrétiens ont oublié !





 Qui sont les héritiés de Rome ?



Hitler, une résurgence barbare au XXe siècle ? Le troisième reich s'est réclamé de l'empire Romain, mais il a aussi été comparé aux barbares avec qui il a des points communs. En effet, les romains reprochaient aux barbares:
    - D'être guidés par des instincts bestiaux/brutaux plus que par la Raison.
    - De pratiquer des atrocités (sacrifices humains/tortures horribles...).
   - De piller au lieu de commercer. D'être incapable de contractualiser par le respect du droit. Hostile au commerce et ne respectant pas ses propres traités, dans l'idéologie nazi l'Aryen ne doit pas acheter, il peut prendre ; il ne doit pas payer, ni contratualiser, il doit voler (Les nazis et l'argent : au coeur du IIIe Reich | ARTE - 29-32 min).

   - de vivre en tribus guidés par le dictat arbitraire d'un chef / d'un roi au lieu de vivre sous la loi universelle de la république. L'empereur romain n'est pas un roi, mais c'est plus un président de la république. La figure de l'empereur romain trouve ses racines chez le tribun de la plèbe Tiberius Gracchus, puis chez Marius, et enfin chez le marianiste Jules Caesar. L'empereur romain est en fait un super-tribun de la plèbe (le principat inventé par Auguste) pour rééquilibrer le pouvoir en faveur du peuple contre la caste des patriciens (riches/nobles qui contrôlent le sénat), mais donc l'empereur romain ne provient nullement d'un rejet de la république démocratique, que les fascites/nazis avaient en horreur.


    Les principales reproches que les Romains font aux barbares se retrouvent donc dans la doctrine nazi/fasciste, qui est issue des contre-lumières et qui remonte en fait aux racines profondes et anciennes de l'europe moyenâgeuse barbare (voir par exemple Evola, Autodéfense).


    En conclusion, les humanistes de la renaissance, les libres-penseurs, les Lumières et les révolutionaires français avaient bien raison de se réclamer de la Rome antique. Pour Saint-Just: "Le monde est vide depuis les Romains ; et leur mémoire le remplit, et prophétise encore la liberté". Machiavel disait déjà la même chose plus discrètement (Discours sur Tite-Live).

   Au contraire, l'extrême droite monarchiste, traditionaliste, anti-Lumière, et a fortiori chrétienne, se fourvoie lorsqu'elle se réclame parfois de la Rome antique. Eux sont les héritiés des envahisseurs barbares qui ont sottement abandonnés le paganisme nordique pour se convertir à la supertition orientale qui a tué Rome de l'intérieur mais qu'ils ont rapidement trahis et transformés via l'église et le système féodale en une idéologie d'extrême droite ; la chrétienné ayant trahit presque tous les principes de Jésus-Christ.










          ► Celse le premier philosophe païen contre les chrétiens

La page Noire de Jésus-Christ


Nietzsche dénonce l'inversion des valeurs

          ► De la Destruction du Paganisme Antique au Panthéisme du XIIe siècle


Spinoza, le premier philosophe des Lumières

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