Einstein et l’interprétation de la mécanique quantique
L’interprétation de la physique quantique a opposé Einstein et l’école de Copenhague (Bohr, Heisenberg, Born). Il faut à mon avis distinguer au moins deux notions philosophiques qui les opposaient : la réalité externe et le déterminisme.
la réalité externe : L’école de Copenhague niait l’existence d’une réalité externe objective et considérait que c’est l’observateur (ou la mesure) qui créé la réalité. Einstein maudissait leur « philosophie positiviste » et répondait qu’il était convaincu que la lune continue d’exister même quand il cessait de la regarder. Aujourd’hui, l’interprétation de Copenhague est dépassée par la décohérence, qui explique bien mieux la transition entre l’état quantique et le monde macroscopique, et suggère que celle-ci se produit spontanément indépendamment de l’observateur. Face aux succès de la décohérence, nous ne pouvons vraiment pas considérer que la mesure crée la réalité.
le déterminisme « Depuis le test du paradoxe EPR par les expériences d'Alain Aspect, il est courant d'entendre qu'Einstein a eu tort de s'opposer aux interprétations positivistes de la mécanique quantique, et que sa conception déterministe est inexacte. Pourtant, même s'il semble désormais vraisemblable que le déterminisme n'existe pas dans le rapport que nous entretenons à notre monde, il n'est pas du tout exclu que celui-ci puisse réapparaître à un niveau supérieur, comme celui que formerait le multi-univers, ce qui a conduit quelques physiciens à aller jusqu'à déclarer qu'Einstein aurait probablement été séduit par l'interprétation des univers multiples d'Hugh Everett. Remarquons en effet que le multi-univers s'apparente au Dieu de Spinoza, parce qu'il est une réalité rationnelle, objective, immuable et parfaitement déterminée. Après, que l'on pense que la réalité actuelle se coupe à chaque instant en plusieurs branches pour réaliser ses différentes possibilités, ou que le hasard est indépendamment résolu dans différents univers existant de toute éternité, cela revient finalement au même, car l'infinité de toutes les réalités est éternellement présente dans le multi-univers statique. Ainsi, le concept de multi-univers me permet de réconcilier le déterminisme d'Einstein avec l'indéterminisme d'Epicure, en donnant raison à ces deux idées en apparence opposées, qui deviennent seulement deux points de vue différents : le hasard existe réellement pour l'observateur fini car il ne perçoit qu'une branche de la réalité, mais au niveau supérieur, pour l'observateur qui pourrait voir l'arbre de tous les destins dans sa globalité, il n'y a pas de hasard, tout est là. » Extrait de « l’amour de la Raison universelle ».
► Ressources conseillées pour une introduction aux problèmes d’interprétation de la physique quantique.
1. - “ Le cantique des quantiques. le monde existe-t-il ?” de Sven Ortolio et Jean Pierre Pharabod.
- Les conférences d’Alain Aspect (grand public) données à la cité des sciences, et à l’ENS