Erreurs classiques d’interprétation de Spinoza

 

 

 

Ne pas reconnaître que Spinoza était athée

 

La plupart de ceux qui refusent d’accepter que Spinoza était athée (au sens moderne du terme) disent qu’il était panthéiste et jouent sur l’ambiguïté de ce terme. Il y a deux formes de panthéisme : le panthéisme magique ou provident (le chamanisme, le stoïcisme, Giordano Bruno) et le panthéisme rationaliste (Lucrèce, Spinoza, Einstein). Or, il n’y a pas de différence conceptuelle entre le panthéisme rationaliste et le matérialisme athée, mais seulement une différence de vocabulaire et de manière d’exprimer sa doctrine.

 

 

L’assimiler au stoïcisme/fatalisme et oublier que son objectif est la liberté

 

 

« L'assimilation de Spinoza au stoïcisme est sans doute le contresens le plus fréquent qu'on trouve chez ses commentateurs, même bienveillants et informés » André Comte-Sponville Traité du désespoir et de la béatitude p116.

 

« Loin des caricatures des adversaires et des interprétations erronées qui veulent voir dans le spinozisme une sorte de stoïcisme niant l’essence et la liberté humaine par une réduction des êtres à leurs causes mécaniques pour ne plus trouver de sens que dans le grand-tout, une lecture attentive montre que cette philosophie est en fait le contraire, et se bien plus rapproche de la tradition matérialiste humaniste initiée par Démocrite. Tout d’abord, Spinoza se démarque lui-même des fatalistes en rejetant “le fatum […] pour l’usage de la vie, [où] il est indispensable de considérer les choses, non comme nécessaires, mais comme possibles” (TTP, chap IV). Il juge également absurde d’invoquer la nécessité pour excuser les mauvaises actions (lettre n°58, à Schuller). Ensuite, lorsque Spinoza traite de l’âme humaine, il parle “des lois de sa nature” (Ethique IV, définition VIII et propositions XVIII, scholie ; XIX ; XXIV), et non des lois de “la” nature en général, car l’âme spinoziste n’est pas un objet entièrement passif, totalement commandé par des causes extérieures, mais elle “agit” lorsqu’elle a des “idées adéquates”, c’est-à-dire des idées qui expriment “l'essence de cette âme” (Ethique, III, I et III), ce qui l’amène à accepter le “libre-arbitre” (lettre n°58, à Schuller), à condition de le considérer comme une nécessité intérieure. Enfin, la doctrine philosophoqie de Spinoza se donne pour but d’accroître notre “puissance d’agir” grâce à la liberté, qui est le titre de la dernière partie de l’Ethique. Au sommet de son oeuvre (Ethique, V, XXXVI, scholie), Spinoza considère que toute la force de sa doctrine réside dans le fait qu’elle mène à regarder le réel selon le point de vue des “choses singulières”. Des deux points de vue possibles (Ethique, IV, Chap I), Spinoza préfère voir chaque être fini comme une manifestation divine (vision humaniste), plutôt que comme une partie du grand-tout (vision stoïcienne ou théologique). En effet, à chaque fois que Spinoza a procédé à une identification avec Dieu, il a insisté pour préciser que celle-ci se produisait “non pas en tant qu’infini”, mais en tant que la puissance de Dieu s’exprime dans la chose finie, ce pourquoi il considère que “plus nous connaissons les choses singulières, plus nous connaissons Dieu” (Ethique, V, XXIV). Il résume lui-même sa doctrine par la formule : “la puissance par laquelle existent et agissent les êtres de la nature est la puissance même de Dieu” (Traité Politique, chapitre II, 3), Il n’est donc pas tant surprenant qu’il aimait le vers humaniste de Cécilius Statius : “l’homme est un Dieu pour l’homme” (Ethique, IV, XXXV, scholie). » Extrait des notes de « l’amour de la Raison universelle ».

 

 

 

 

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