La réalité mathématique et la mécanique quantique
« De même que les êtres vivants sont des associations sophistiquées de composés matériels, je pense que la matière est en quelque sorte un état complexe d'entités purement mathématiques. C’est ce qu’avait déjà deviné Pythagore, suivi de Leucippe et Démocrite, pour qui les atomes sont “comme des nombres”, dénués de tout caractère physique (couleur, odeur...) mais définis uniquement par leurs propriétés géométriques (forme, ordre, position). Les atomes de Démocrite ne sont pas des points, mais toutes les figures géométriques imaginables. Au lieu de repousser l’explication de ce monde à un ordre extérieur (un dieu transcendant ou un monde platonicien des idées), l’exigence de simplicité logique avait conduit Démocrite à deviner que l’infinité des mondes est elle-même la pleine réalisation de la géométrie. […] Cette conception du réel offre probablement la clef pour comprendre d’où vient l'étrangeté de la mécanique quantique. Comme le suggère entre autres la théorie de l'information, la logique elle-même apparaît quelquefois incapable de définir complètement toutes les propriétés de certains objets mathématiques. Mais alors, si la nécessité issue de la simplicité logique laisse parfois un certain flou, et que la réalité est la réalisation de la logique elle-même, l'incertitude inhérente au monde quantique se comprend naturellement. Les particules élémentaires ne sont pas vraiment des objets physiques. Ce sont plutôt des entités intermédiaires entre notre monde macroscopique et le niveau fondamental, qui est purement mathématique. Le soi-disant mystère de la physique quantique n'apparaît que lorsque nous cherchons à appliquer nos concepts empiriques aux particules élémentaires. Toutefois, pour celui qui ne croit pas que nos concepts empiriques soient fondamentaux, et qui pense que les propriétés supérieures des objets émergent de la complexité, il n'est pas du tout surprenant que celles-ci n'existent pas à une échelle inférieure. Par exemple, notre sens commun peut avoir du mal à accepter le fait qu'une particule matérielle isolée n'ait pas de température, tant que nous n'avons pas compris que la température est une propriété supérieure résultant du degré d'agitation des molécules entre elles. Ainsi, il nous faut admettre que le niveau fondamental du réel n'obéit pas à la Causalité mécanique qui fait rebondir les boules de billard, ni ne possède encore les propriétés physiques de notre monde macroscopique, mais il est seulement régit par la Causalité logique dans sa forme originelle. Il nous faut donc abandonner la conception mécaniste de la réalité, non pour rejeter la notion de Causalité, ni celle de réalité externe et objective, mais pour lui substituer la vision nouvelle d'une réalité pré-physique, entièrement mathématique... seul état fondamental possible à la réalité rationnelle. » Extrait de « l’amour de la Raison universelle »
► Pour éclaircir l’idée floue de « réalité mathématique », voyez (le premier) et surtout le deuxième chapitre de « l’Amour de la Raison Universelle »